A TWA I.YRE
21 MU Cuic.
Aux jours de ténèbres profondes, Tout chantre sublime est jeté Comme un soleil parmi les mondes, Pour leur prodiguer sa darté :
Astre choisi, si je dois luire.
Que mes rayons soient bienfaisans !
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre.
Car c'est du ciel que tu descends.
Aujourd'hui quel besoin immense Du souvenir de ton berceau !
La raison passe pour démence Et la torche pour un flambeau ; L'orgueil recommence à construire Au pied refroidi des volcans; Souviens-toi du ciel, ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends!
Nos sages nous disent encore :
(f Peuples , hâtez votre réveil !
« D'un plus beau jour chantez l'aurore; »
Et c'est le coucher du soleil.
Le lendemain ne se peut lire
Sur des signes plus effrayans.
Souviens-toi du ciel, ô ma lyre.
Car c'est du ciel que tu descends.
Le pouvoir dans sa main débile Sent expirer l'autorité ;
Son drapeau descend immobile Le long de son mût attristé.
On appelle en vain le Zépliiro Autour de ses plis languissans.
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre, Car C'est du ciel que tu descends.
Déjà de nos derniers orages A peine expirant dans les airs S'élèvent les mômes nuages Sillonnés des mêmes éclairs.
Que des tonnerres qui vont bruire Ne s'intimident pas nos chants :
Souviens-loi du ciel, ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends.
Et qu'importe que le vulgaire Soit ou non pour la déité?
De sanctuaire en sanctuaire, Il traîne sa servilité;
L'idole qu'il voudrait proscrire A cent fois reçu son encens; Souviens-toi du ciel, ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends.
Sous les faisceaux il rêve un maître, Et sous un maître les faisceaux ; Le Brutus d'hier est un traître,...
Qu'attendent des arcs triomphaux.
Contre ce coupable délire Lance des accords véhémens.
Souviens-toi du ciel, ô ma lyre, Car c'est du ciel que tu descends.
D'une faveur tumultueuse Que d'autres soient fiers de jouir.
D'une palme ignominieuse Ma tête saura s'affranchir.
Que la vertu daigne sourire , Yoilà le prix où je prétends.
A MA LYHE. 85
Souviens-toi du ciel, ô ma lyre, Car c'est du ciel que tu descends.
Parcourons toute la carrière , Quoiqu'elle soit dans le désert.
Préfère aux autels de Voltaire Le grabat du pauvre Gilbert.
Que ma bouche, avant que j'expire, Puisse avouer tous tes accens.
Souviens-toi du ciel, ô ma lyre, Car c'est du ciel que tu descends.
— Novembre 1830. --
au €1)1161.
O Christ ! délivre-nous de l'intime blasphème , Où notre ame s'abjure et s'oublie elle-mômc; Où, tel qu'un vil brigand, notre esprit se tient tu. Dans les sombres détours des cavernes du moi ; Et guette, protégé parles ombres du doute, Que la foi vienne seule à passer sur la roule , Pour s'élancer sur elle un poignard à la main , Et rétendre mourante au milieu du chemin! Ce qui ne peut mourir travaille à sa ruine ! Et rejette vers toi son essence divine; Ainsi qu'un vil présent qui manque son effet, Et qu'on fait renvoyer à celui qui l'a fait. Quedis-je? ce n'est plus sourdement que les hommes
Evoquent du néant les désastreux fantômes; Ces pensers ont quitté leur ténébreux séjour; Ils volent avec l'air, et bruissent au grand jour; Et tout ce qui se voit, s'entend et se respire Semble pronostiquer la fin de ton empire, Dévouer à l'oubli ton autel déserté, Si tu pouvais finir, roi de l'éternité; Pour celui qui les fit , si le temps et l'espace Pouvaient un jour manquer de durée et de place ! Et pourtant, je ne sais quelle stupide humeur S'obstine à mesurer tes jours à ce qui meurt ! Comme au temps douloureux ôc ton ignominie , Où tu te trouvas seul avec ton agonie, Où du haut de la croix tes bras semblaient , ouverts, Vouloir dans ton amour étreindre l'univers. O Christ ! ta passion aujourd'hui recommence Par un accablement plus profond , plus immense; Plus d'un apôtre dort au moment de ton deuil ; Et, pour trente deniers que lui solde l'orgueil , Plus d'un Judas pactise avec qui le bafoue ,
AL CIIKIST, 91
Et le livre à l'impie en te baisant la joue ;
Et, loin qu'un désespoir rompe son cœur d'airain,
[1 se présente au peuple avec un front serein !
Le mensonge envers toi redouble de vertige ,
Le sophiste au pilier du savoir te fustige;
Et la dérision , riante, devant toi ,
A plié les genoux et t'a salué roi !
S'effrayant de tes maux , la lâcheté royale.
Te voyant recouvert d'une pourpre fatale,
Le front environné des ronces du chemin ,
Et portant comme un sceptre un roseau dans ta main,
Sous l'arche du prétoire elle te fait paraître ,
Croyant que la pitié te sauvera peut-ôtre;
Mais le peuple cruel devant toi rassemblé
Une seconde fois s'est écrié : TnUe !
Oh ! les Juifs , les auteurs de ces premiers blasphèmes, N'ayant vu qu'un rayon de les bontés suprêmes
Et dir monde sauvé n'étant pas les témoins, Etaient moins criminels on te connaissant moins; Mais nous à qui ton œuvre en plein s'est fait connaître, Esclaves affranchis, nous tucns notre maître! Et, loin d'en ressentir le plus chétif remords, On a frappé du pied la tombe des dieux morts, Afin que, réveillés, leur fétide poussière Vînt usurper ta place, ô vivante lumière! Mais de ces dieux tombés les réduits ténébreux. Ne nous ont renvoyé qu'un son funèbre et creux , Bien plus désespérant que l'absolu silence ; Et le trône des cieux est encore en vacance. Toi seul pour l'occuper apparais assez grand... Tu montes au milieu d'un peuple indifférent Au haut du Golgotha ! ! î Pleurante sur ta trace. Nulle femme ne vient pour l'essuyer la face. Nul Simon , te voyant accablé sous ta croix , Ne s'est offert afin d'en partager le poids. Pour étanchcr ta soif, le fiel qu'on te présente Est cent fois plus amer à ta lèvre brûlante.
Ilieu, pas môine un larron (jui, t'aidant à mourir, Et demandant sa grâce à ton dernier sou[)ir, Vienne , par cet appel à ta divine essence , Rappeler à la mort ta suprême puissance. Le fils du dieu vivant, de néant couronné, A jamais de son père est-il abandonné?