ANCIEN SOUS-PRÉFET
- Mars 1831. —
€c Cl)vitît à (6fll)ôfmani.
Ne nous étonnons point des mystères sublimes Où , pour le soutenir sous le poids de nos crimes, La faiblesse de l'Ange assista le Dieu fort; Où , se cherchant lui-môme et se trouvant infâme «, J.e bien-aimé du ciel s'écria que son ame Etait triste jusqu'à la mort.
1. «Le Seigneur a oU'! fait pcchc i)oui' nous.» (Saiiil Paul , II , Coiinlh., V. 21.)
100 LE CHRIST A GETHSEMANl.
Ne nous étonnons point si sa douleur profonde Augmentait en scrutant les annales du monde ; Si, du fleuve du mal interrogeant le cours, Il fut soudain couvert d'une sueur sanglante , Et détourna les yeux d'une image accablante... Il avait aperçu nos jours.
Il avait aperçu le deuil de son église , La langue des enfers chez les hommes admise , Et la nuit descendue au nom de la clarté, L'assassinat ayant son hymne de victoire. Et la vertu sa honte , et le crime sa gloire Et quelquefois sa sainteté I
Il avait entendu ces sinistres paroles : c( Oh! Christ! c'est vainement que pour nous tut'immoleS; (( A tes autels usés nul n'ose recourir; « Nous avons abjuré tes longues impostures : ({ Par toi l'esprit humain a reçu des blessures ce Dont il veut enfin se guérir.
LE CHRIST A GETIISEMAM.
« Venez, peuples, au lieu d'imbéciles homm?" • « De ce Dieu ridicule abattre les images : « Le cœur du criminel en est parfois brisé ; « Nous ue voulons rien voir de ce qui nous condamne « Quand dans son char doré passe la courtisane, « Son œil en est scandalisé.
« Que la main de l'honneur s'y porte la première ! « Soldat, frappe le Dieu qui bénit ta bannière ! « Magistrats, bannissez le Dieu de l'équité ; c( Captif, brise celui qui , proscrivant ta chaîne , « En face des tyrans dont il brava la haine « Le premier a dit : Liberté ' ! fi
Et le Christ les a vus, dans leur sombre énergie,
Bouleverser son temple et sa sainte effigie ,
Et dans des lieux souillés de débauche et de vin
i. « Où est l'esprit du Seigneur, là est aussi la liberté.» (Saint Paul , épître aux CoriiUhicns )
J02 KK CHRIST A GiiTllSEWAM.
Traîner en un banquet la croix dont ils se jouenl , Comme d'un convié que les autres bafouent, Afin d'égayer le festin ' .
Mais, voyant s'approcher l'heure du sacrifice. Le Fils de l'homme a dit : « Je boirai le calice, « Et de ces attentats j'accepte encor le faix ! (( Je vais m'aclieminer au sommet du Calvaire, «Et mon sang en tombant inscrira sur la terre « Des pardons pour tous les forfaits. »
Et nous, fils de son culte, imitons son exemple! Sur le profanateur de la croix et du temple Gémissons; un remords peut le rendre au Seigneur. Sous notre affliction que toute haine expire ! C'est le temps de pleurer et non pas de maudire : Le ciel même est dans la douleur .'