‹ Poésies (volume 5)Chapitre 44 sur 63 · Livre ta chevelure au souffle de zéphirc · texte numérisé non relu

Livre ta chevelure au souffle de zéphirc

Ah ! lorsque sur les miens se fixeront tes yeux

Je ne veux pour témoin que les flots et les cieux;

Lorsque ta douce voix ravira l'étendue,

Que de moi seulement elle soit entendue!

Tu sais dans quel délire et quelle anxiété

248 PROMENAUE SIR MER.

Tes charmes enivrans quelquefois m'ont jeté! Combien mon cœur ressent de jalouses atteintes , Mais je sens sur la mer s'évanouir mes craintes , Avec ce bord où j'ai laissé tous mes rivaux, Et qui semble en fuyant s'abîmer sous les eaux. Pour mieux te dérober au reste de la terre, Que n'ai-je en mon pouvoir une île solitaire î Ses bocages, pour nous plus verts et plus épais. Doubleraient le mystère et l'ombrage et le frais; Les roses au zéphir, avec plus de délices, Livreraient le parfum de pUis brillans calices. Là serait ce bonheur que nous cherchons en vain; Chaque feuille agitée aurait un bruit divin. Là dans un même élan nos deux âmes unies Exhaleraient au ciel les mômes harmonies; Comme sur le gazon deux limpides ruisseaux Confondent leur murmure en mariant leurs eaux .

Là, le bras appuyé sur tes blanches épaules ,

Je le révélerais les suaves paroles

Que, pour me consoler en des rêves heureux ,

A dit à mon oreille un esprit généreux.

Ainsi de notre vie, en ce secret asile,

Le cours s'achèverait transparent et tranquille;

Dans le sein du bonheur nous nous verrions vieillir :

La mort môme, la mort ne viendrait nous cueillir

Que comme un fruit mûri dans la saison d'automne;

Non pas dans l'appareil que la terreur lui donne.

Mais calme et revêtant la fraîche majesté

De la nuit qui descend sur un beau jour d'été.

Mais je parle du ciel , et la terre m'appelle , Les tours de la cité sonnent Theure cruelle Du ton père inflexible a fixé ton retour. Ah ! quand le temps se sert des ailes de l'amour. Sur les pauvres humains comme il passe rapide 1 Déjà l'esquif par toi se détourne et me guide Vers ces murs dont le bniil commence à me saisir, Et que j'avais laissés avec tant de plaisir.

Pourquoi, pourquoi le ciel te créa-t-il si belle ? Ainsi qu'aux temps passés si quelque bonne Urgèle

Accomplissait les vœux en amour oh ! mon bief»

Serait que ton regard ne charmât que le mien

Avant de me quitter que ta bouche m'assure Par tout ce qui déteste ou punit le parjure, Par le ciel et l'enfer, par les sylphes charmans Qui font joindre le soir les lèvres des amans , Par le poignard caché sous le manteau farouche Qui va d'un infidèle ensanglanter la couche, Que jamais.. .Mais ces mots outragent : je maudis Cette crainte infernale au sein du paradis ! Ah! le jaloux amour s'accable de lui-même. Mais je le vois, tu prends en pitié mon blasphème. Ton sourire me dit que tu sais pardonner : — A cet heureux espoir j'aime à m' abandonner. Adieu... mais à demain songe, ma bien-aimée. Que ma barque t'attend à l'heure accoutumée.

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