‹ Poésies (volume 5)Chapitre 47 sur 63 · SOUVENIR D'UN SOIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR D'UN SOIR

Le rossignol perdu dans le lointain du bois

Dans l'air par intervalle, abandonnait sa voix jà

Dont les sons veloutés expiraient dans l'espace;

Comme sur un beau lac les cercles onduleux ,

Lorsque l'aile du cygne a troublé la surface

De ses flots transparens immobiles et bleus.

La luciole au loin faisait briller ses feux;

Et mille étoiles animées , Suspendant au gazon l'éclat du diamant.

Gomme un ciel reflété dans des ondes calmées, Faisaient du champ nocturne un autre firmament. L'haleine du midi dérobant au rivage Les parfums dont les fleurs à la nuit faisaient don , D'une vague harmonie agitait le feuillage Et faisait tomber l'ame en un mol abandon. Et celle que j'aimais d'une amitié naïve Qui m'aimait à son tour, comme eût fait une sœur, Languissante, pencha sa tête sur mon cœur, Et me serra la main d'une étreinte plus vive. Jamais , dit-elle , ami , la brise à mes cheveux

80UVEMR D'LN SOIR. 26.';

N'a fait si suave caresse , Et des sphères du ciel l'hymne sileiicicui^

Ne me versa pareille ivresse.

D'un délice inconnu tout mon être est saisi , Et dans l'extase qui l'oppresse , Mon ame est prête à demander merci .

Elle se tut: son œil abaissa sa paupière; jEt glissant à travers la touffe bocagère , Sur sa bouche entr'ouverte et sur son front charmant

L*astre des nuits fit tomber sa lumière. Et ressentant soudain môme ravissement ,

Je la trouvais mille fois plus jolie , Et je baisais sa main, tombais à ses genoux. Et de mes premiers jours la compagne chérie , Dès ce moment divin , ne fut plus mon amie ,

Mais quelque chose de plus doux.

Et depuis lors , j'ai vu mourir plus d'une fête , Goûté de plus d'un soir la suave splendeur ; Mais de tous ceux dont l'ombre a passé sur ma tête , Celui-là seulement est resté dans mon cœur.

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