‹ Poésies (volume 5)Chapitre 48 sur 63 · A M DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

A M DE LAMARTINE

— Mars 185-J.

Uîmfô.

Poète au regard d'aigle, Herschell harmonieux Qui mets d'autres soleils aux poétiques cieux, Qui , ravisseur d'un rhythme enfermé dans la nue, Fais vibrer sur la lyre une corde inconnue. Fixes dans notre esprit cet hymne sans pareil , Qu'on entendait en rêve et cherchait au réveil , Cet hymne qu'à travers la nuit et le mystère. Les anges rarement conliaient à la terre ,

Est-il vrai que ta lettre a daigné m'envoyer

Que tu viendrais t'asseoir à mon humble foyer,

Et visiter nos champs, notre ville embellie ,

Ce fragment détaché des bords de l'Italie,

Où le ciel , se peignant d'un éternel azur,

Est presque monotone à force d'être pur;

Où, tout intelligence , on ne vit que par l'ame ,

Où, sous des cheveux noirs, brillent des yeuxde flamme,

Où la misère sobre et portant la fierté

Que donne à ses enfans le Dieu de vérité.

Dédaignant le nectar qui pend à nos collines ,

Convive de la foi s'enivre de doctrines ,

N'arme jamais son bras pour demander du pain :

Ce n'est que de l'esprit qu'elle ressent la faim.

Peut-être on t'aura dit que, dans sa frénésie. L'émeute ayant chez nous le droit de bourgeoisie, Hurle en nos boulevards, comme en un cirque ardent Un taureau furieux qu'a frappé le trident Mais, dans nos tristes jours, quel ciel est sans orages?

MUES. m

Quelle mer de ses flots n'ébraule ses rivages ' Quel sol ne retentit des plaintes du tombeau ? Quel fleuve de remords n'entend gémir son eau^ I Ah ! viens pour adoucir nos âmes indomptables , t Comme ces vents du nord qui soulèvent nos sables;

Ta lyre , célébrant la concorde pour nous,

Grand homme, nous verrait tomber à tes genoux , ► Viens, ici tout l'attend pour t'offrir une fête : 1 Les lauriers de nos champs pour ombrager ta tête; La musc , qui jadis eut un temple en ce lieu , Pour prodiguer l'encens en retrouvant son Dieu ; Tous ces demi-soleils, enfans de ton système , Pour te voir de plus près dans ta splendeur suprême. Et les restes pompeux de l'antique cité , Pour s'offrir à tes yeux sous leur plus grand côté.

Nous n'avons pas ici de hautes cathédrales , ' Ni de vieux monastère aux sombres corridors ,

tu NIMES.

OÙ l'on dit qu'à minuit se soulèvent les dalles Couvertes des blasons des morts;

Ni découpés à jour des clochers dont les pointes Dans les cieux envahis montent avec orgueil ; Ni chevaliers de pierre à genoux, les mains jointes, Au pied d*un gothique cercueil ;

Ni madone des bois où jamais châtelaine Pour un époux absent vainement ne pria, Où le pâtre en passant ôte un bonnet de laine Et dit un Ave Maria ;

Ni château crénelé dont la verte muraille Se hérisse de tours et de mâchicoulis , Que la vague des mers incessamment assaille De ses monotones roulis.

Mais la Rome païenne ici vit tout entière; Ici son aigle au vol dispensateur des fers,

MUES. fis

A laissé plus avant l'emprointe de sa serre Qu'en aucun lieu de l'univers.

Tu verras des palais , des cirques et des temples , f Jusque dans la poussière un noble souvenir, Et le passé partout étalant des exemples A terrifier l'avenir.

Là les fronts abaissés des portes triomphales, Aux sommités du jour promettant même sort; Ici des dieux mêlés aux urnes sépulcrales , Tristes alliés de la mort;

L'arène où s'égorgeaient le Gaulois et le Thrace , Contens d'être applaudis avant que de mourir, Devantce peuple-roi qui voulait qu'avec grâce On rendît le dernier soupir;

Les gradins qu'inondait la robe orientale Des chevaliers couverts de suaves parfums ,

Et qui venaient, mêlés à la beauté vénale , Charmer leurs ennuis importuns;

Brillans efféminés , qu'on ne pouvait distraire , Tant l'abus du plaisir avait blasé leur cœur, Que par l'émotion d'un drame sanguinaire Où la mort seule était acteur;

Et puis la basilique à la frise élégante, Semblable au dieu bruni des feux de l'encensoir; Des chapiteaux à jour dont les feuilles d'acanthe Semblent trembler au vent du soir;

Et le temple croulant de la triple déesse , Dans un bosquet riant étalant ses douleurs, Et qui s'offre couvert d'une ombre enchanteresse, Comme un front ridé sous des fleurs ;

Ruines où le soir vient rêver le poète,

M MES. iTT

Débris qui sert d'asile à de moindres débris •, Comme un prince exilé donne encor la retraite A de misérables proscrits.

Diane, poursuivant son nocturne voyage.

Semble y chercher encor d'un rayon désole-, Sur son autel fendu par le figuier sauvage , Un encens qui s'est envolé.

Et la tour qui s'élance aux célestes campagnes. Dont le hardi sommet est voisin des éclairs , L'aqueduc qui nivelle et qui joint deux montagnes, Et porte l'onde dans les airs.

Et près de ses débris que le temps fait dissoudre , La nouvelle cité brillante de splendeur.

1. L'enceinte du temple de Diane est une espèce de musée où l'on a rassemblé des torses de statues, des tronçons de colonnes, des fragmens de chapiteaux, etc.

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