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Comme à côté d'un tronc consumé par la foudre Un rejeton plein de verdeur.
Dans le quartier brillant que peuple le dimanche ,
Le théâtre étalant sa colonnade blanche ;
D'opulens ateliers, de larges boulevards,
Où sans peine de front pourraient voler vingt chars;
De vastes hôpitaux oîi le secours abonde ,
Où le ciel a mis l'ange au service du monde ,
Où de l'isolement adoucissant l'horreur,
L'orphelin dit encore ou ma mère ou ma sœur;
Des ondes circulant en un jardin splendide,
Enfant miraculeux de la verge d'Armide;
Des balustres d'albâtre entourant des bassins,
Un parterre en volute égarant ses dessins,
Et des hauts marronniers aux branches colossales,
Où parmi les bouquets de fleurs pyramidales ,
Du rossignol craintif le chant est exhalé
MMKS. 2-y
Comme l'encens d'un vase à nos regards voilé ;
Le marbre découpé par une main savante
Se dresse en déité, se déroule en acanthe.
En vase s'arrondit, s'assouplit en roseaux
Qu'affaissent des Tritons, divinités des eaux,
El Diane, et Vénus, et Pan et le Satyre :
Tous ces dieux dont les noms ont fatigué la lyre ,
Et dont le ciel brillant à la On a pâli
Sous les tristes vapeurs que soulève l'oubli ;
Pléiade que la muse a cessé de conduire ,
La muse qui disait anathème au martyre,
Qui sur un lit de fleurs endormait le remord ,
Et mettait un sourire aux lèvres de la mort,
Et dont les doigts brillans de rose et de lumière.
Prodiguaient vie et grâce à l'informe matière.
El puis nous irons voir ( car décadence et deuil Viennent toujours après la puissance et l'orgueil
Nous irons voir au bord d'une eau statiounaire , Aigue-Morte aux vingt tours, la cité poitrinaire, Qui meurt comme un hibou dans le creux de son nid , Comme dans son armure un chevalier jauni, Comme au soleil d'été, qu'il croit être propice, Un mendiant fiévreux dans la cour d'un hospice. Et puis son port bordé de huttes de roseaux. Où viennent s'amarrer quelques rares vaisseaux , Où le triste pécheur que le besoin harcèle, Rapièce d'un vieux bois quelque vieille nacelle. Et cependant ces lieux de misère haletans. Comptent des anneaux d'or dans la chaîne des temps. Ces murs, encore intacts dans leur vieille attitude. Dont le triste gazon verdit la solitude. Étaient de l'Orient l'opulent magasin.
Et voyaient affluer le turban sarrasin.
Un pèlerin royal, dans ses saintes colères, Voila deux fois ces mers de ses mille galères, Alors que, plein d'ardeur dans ses pieux desseins, Il voulait du Croissant nettover les^ Lieux saints.
IVIMES Ml
De hauts barons couverts de leurs colles de mailIeSi Dont Venise avait joint cl poli les écailles, Faisaient Uotter ici sur leur casque luisant La plume de Tautruche ou celîfe du faisan. Et surtout la bannière aux annales célèbres Qu'exhumait Saint-Denis du fond de ses ténèbres, Lorsque la Finance, ayant un danger à courir; Commandait à ses fils de vaincre ou de mourir. Deux peuples dans leurs rois ici se rencontrèrent ; Et, long-temps ennemis, sur le front se baisèrent. L*or, la pourpre, l'azur se drapaient pour des jeux, Et luttaient de splendeur avec un ciel pompeux ; Les airs portaient au loin la fanfare guerrière, Les chevaux des tournois soulevaient la poussière ; Et les dames, du haut des balcons élégans, Sur le front du vainqueur faisaient voler leurs gants. . . Et voilà que tout dort, et que de tant de fêtes Il ne nous reste plus que ces plages muettes; Que l'oiseau qui se plaint dans ses marais taris, Et dont le vol pesant heurte les tamaris;
L'oude qui sur ces bords se berce solennelle , Comme le balancier d'une horloge éternelle.
Alors, ô Lamartine ! à ces retours du sort De celui qui prétend tonner après sa mort, Et qui vient en ce lieu demander des images Pour jeter plus avant sa gloire dans les âges, Le front triste se penche, et l'orgueil se détruit De voir tant de silence où régnait tant de bruit.