‹ Poésies (volume 5)Chapitre 63 sur 63 · A TOUS CEUX · texte numérisé non relu

A TOUS CEUX

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Je le sais, au festin servi par la louange,

Le poète pieux parfois s'oublie et change,

Et reçoit, sur l'autel qu'il s'élève en son cœur,

Un encens qu'il devrait renvoyer au Seigneur,

Qui de la poésie est la source première,

Et dont tout l'art humain n'est qu'un froid plagiaire ;

A celui qui jeta l'existence au néant

Comme un manteau superbe au dos d'un mendiant

Sublime créateur du merveilleux poème,

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Qui, changeant ses accords, reste toujours le même; Chantre vraiment divin dont l'œuvre illimité Fait prendre au sérieux son immortalité, Dont la lyre épancha de ses cordes fécondes Des strophes de soleils et des hymnes de mondes. Et dont l'ombre, en passant, sur leur immensité Dispensa la splendeur, la vie et la beauté. Oh! la muse qui tombe en cette idolâtrie, Veuve des eaux du ciel, sera bientôt flétrie ; Du SUPERBE VIOL dont parle Alighieri, Son orgueil s'est repu, mais son ame a péri : Émule de Satan, son cantique sublime, Commencé dans le ciel, se finit dans l'abîme ;. Et, fils de la lumière, adopté par la nuit. Il enrichit l'enfer de son farouche ennui.

Mais aussi le poète a ses momens de doute. Où tout ce qu'il produit l'ennuie et le dégoûte ;

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Où son désir de gloire est pareil à l'affront L Qui fait que Tanve est triste et qu'on baisse le front ; i Où le mépris de soi nous rend d'humeur si sombre, Que Ton voudrait pouvoir s*arrarher de son ombre ; Où l'on porte la lyre en dessous du manteau , Comme un brigand ferait d^un ignoble couteau; Où l'ardeur qui nous brûle est amère folie; Où tout ce qu'on entend et voit nous humilie; Où dans chaque sourire et dans chaque coup d'œii On croit voir un brocard tomber sur notre orgueil , k Tout le ricanement du démon de la prose ; Où tout ce que le monde a de sot nous impose ; Où l'œuvre la plus belle est un enfant de mal Qu'il faut jeter de nuit au tour d*un hôpital. Oh! qu'il est bon alors que quelque ami sublime Au talent qui rougit rende sa propre estime. Ramène dans le ciel son esprit qui s'abat, Et, faisant à ses yeux luire son propre éclat, Lui fasse incontinent, de sa main qui défaille. Palper son diadème, ou mesurer sa taille.

r.52 A TOUS CEUX QUI M'ONT ADRESSÉ DES VERS. O mes amisi O vous dont les vers bienfaisans M'ont donné cette aumône en des jours languissaus, Que le ciel vous bénisse et la muse vous aime ! Si la muse est un bien et non un anathème ; Qu'elle ôte de sa main les pierres sous vos pas ; Que son feu vous éclaire et ne vous brûle pas; Qu'elle éloigne surtout de vous ce mal de l'ame A qui votre parole a servi de dictame ! Amis, soyez bénis! de vos chants assisté. J'ai repris le chemin de l'immortalité.

Soyez bénis ! par vous, raffermissant mon ame, L'espoir a retiré mes écrits de la flamme, Et m'a montré du doigt, en mots mystérieux. Ma sainte mission écrite dans les cieux.

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