‹ PoésiesChapitre 12 sur 75 · AU CHR»T · texte numérisé non relu

AU CHR»T

Ne s*est offert afin o'en partager le poids.

Pour étancher ta soif le Bel qu'on te présente Est cent fois plus amer i ta lèvre brûlante.

Rien , pas même un larron qui , t'aidant à mourir, Et demandant sa grâce à ton dernier soupir, Vienne, par cet appel à ta divine essence, Rappeler & la mort ta suprême puissance !

Le fils du Dieu vivant , de néant couronné , À jamais de son père est-il abandonné ?

Christ! à quand la fin de cette grande épreuve?.... Il ne restera plus bientôt une âme neuve Qui ne ressente en soi cette angoisse sans nom Que laisse de la foi le fatal abandon :

Sacrilège qui natt jusques au cœur qui t'aime , Qui voudrait f adorer dans ta splendeur suprême, Et, te voyant si sombre, est prêt à supposer Que la vérité même a pu nous abuser; Imperturbable ver dont le travail dévore.

Comme un premier soupçon sur celle qu'on adore , Comme un penser cruel que l'on voudrait bannir Et qui reste toujours dans notre souvenir.

Des piliers de granit , corrodés par ce doute. Ont laissé sans appui le cintre de ta voûte ; Et les plus beaux soleils dont ton ciel ait relui Sont ceux sur qui Satan a projeté sa nuit.

Pourquoi^ i ourquoi, mon Dieu, ne m'âs*tu pas fait nattre

Dans ces temps où ta loi ne faisait que paraître,

Où vers toi tout esprit allait avec amour,

AiQsi que la paupière aime et cherche le jour ;

Où, de la charité révélant le mystère,

Tes disciples changeaient la face de la terre,

Lorsque rhumanlté, dans le fond des enfers

Secouant les derniers anneaux de ses vieux fers,

S^endormait sur ton sein , de ta grâce inondée.

Comme fit autrefois le fils de Zébédée,

Le soir, lorsque tes mains dans un dernier repas

Eurent rompu ce pain qui sauve du trépas?

Oh! si ce n^est que par un autre sacrifice Que tu peux de la foi relever Fédifice, Hâte-toi de mourir , pour sortir du tombeau El recréer encore un univers nouveau I

Meurs, afin que le monde épouvanté connaisse Combien sans ta clarté la nuit devient épaisse ; Afin que, fatigué de chercher un appui, Tout esprit se replie et s'accable sous lui ; Afin qu*esolave encor, rhumanité ressente

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