‹ PoésiesChapitre 2 sur 75 · XII NOTICE · texte numérisé non relu

XII NOTICE

Surtout à la santé du buveur triomphant Inébranlable encor quand tout est chancelant l

Nîmes, 1890.

En lisant ces vers où tantale verve comique ahonde, en songeant au caractère si différent des accents que, depuis cette époque, la môme voix ifait entendre , on se prend d!abord à réfléchir tristement sur les vicissitudes de la destinée humaine ; mais lorsqu'on voit ensuite combien le po'éte s'est élevé dans les afQictions , on se console, on adore les décrets suprêmes , et Ton accepte avec courage cette lutté où Tâme se (léveloppe dans tout son éclat , dans toute sa grandeur divine.

Un membre de la société où furent lues ces joviales inspirations fit représenter un vaudeville sur le théâtre de Nîmes, et pria Reboul d'écrire, pour la joindre à cette pièce, une cantate sur la guerre d'Espagne. La cantate fut chantée aux grands applaudissements du public , et révéla aux Nîmois un vrai talent poétique. Elle se termmart par cette strophe :

Jadis le fier Ibérien

Nous reprochait une défaite :

Le monde aujourd'hui n*a plus rien

Qui n'ait subi notre conquête.

Des preux tombés à Ronceveaux

Que rombre sanglante s'apaise :

Nous triomphons sur ]eurs tombeaux;

La victoire est encor française !

NOTICE. fin

La solitude plusieurs fois renouvelée autour de lui par la perte d'un père, d'une mère et de deux femmes, toute cette série de douleurs domestiques qui se déploient auprès du cercueil durent tourner F esprit de Reboul vers les tristes méditations et faire vibrer la corde plaintive. Les révolutions politiques entraînèrent bientôt son imagination dans des voies nouvelles, et lui donnèrent ces teintes sérieuses et mélancoliques qui sont restées le caractère de sa poésie. En 1828 la Quotidienne ipxùAia. et divers journaux répétèrent l'Ange et V Enfant avec d'unanimes éloges. Nul chant de Reboul n'a trouvé autant d'iuimirateurs ; la peinture, la musique et la sculpture se sont inspirées àl'envi de cette composition d'un sentiment si religieux et SI pur que l'on croit voir, à travers la transparence de la pensée et des vers , la rayonnante et douce figure de l'ange planant avec amour sur le berceau de l'enfant. M. de Lamartine, étonné , applaudit par une Harmonie , et chanta le Génie dans Vohscurité, Reboul répondit , et ce fut entre les deux poètes un noble échange, une joute courtoise dignement soutenue. Dans quelques-unes de ces lignes qui jettent la gloire sur un nom M. de Chateaubriand s'est plu à mettre en lumière celui du po'éte-^boulanger.

En 1835 M« Alexandre Dumas , passant à Nîmes, Vint le visiter, annoncé par une lettre de M. le baron faylor. 11 a écrit lui-môme avec l'esprit et le talent dramatique qui le distinguent cette visite où , ravi

XIY. ROTICB.

des beaux vers que Reboul exhumait pour lui de son modeste secrétaire, il le décida à publier son premier recueil. Ce volume parut en 1836 soùs les auspices de M. de Lamartine et de M. A. Dumas ; il a eu cinq édi* lions, aujourd'hui complètement épuisées.

Un jour du mois de juillet 1858, l'auteur des Mar^ tyrs^ visitant quelques cités du Midi, poussait uno reconnaissance jusques à Cannes afin d'étudier, pouf les décrire dans ses Mémoires d'Outre^Têmhe, les lieux où Bonaparte débarqua aux Cent-Jours.

A Ntmes , H. de Chateaubriand , avec la courtoisie et la grâce du génie, s'empressa de conduire sa muse" vers celle de son humble frère en poésie. Quand le secrétaire de l'illustre voyageur demanda Reboul , ce fut le boulanger lui-môme qui vint répondre et donner son heure , celle où commence un peu de repos iprés le labeur de la journée. Quel ne fut pas son ètonnement lorsqu'il vit sur la carte qui lui fut remise le grand nom de Chateaubriand ! Il se confondit en excuses et se h&ta de retenir le noble visiteur.

Au mois d'avril 1839, Jean Reboul vint à Paris publier son poëme du Dernier Jour, Paris l'étonna sans l'éblouir. Accueilli , fêté par les écrivains les plus célèbres et plusieurs des notabilités de notre époque , il parut dans de brillants salons, et retourna bientôt avec bonheur à sa laborieuse existence , à ses anciennes habitudes. A Nîmes sa vie est retirée ; il s'est fait une loi de n'accepter aucune invitation. Il n'en

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