‹ PoésiesChapitre 3 sur 75 · NOTICE. XY · texte numérisé non relu

NOTICE. XY

est pas moins connu et aimé. Son intimité se compose d*hommes du barreau , d'ecclésiastiques , de jeunes gens dont quelques-uns sont poètes.

Ainsi qu'on en peut juger par le portrait placé en tête de cette édition , Reboul paraît doué d'une constitution robuste ; ses épaules sont larges, un peu coûtées ; il a quelque lenteur dans la démarche. Sa tête, dont les lignes sont nobles et distinguées, porte les rides du travail, surtout au front, que couronne uîie abondante et noire chevelure. Ses yeux, qu'ombrage un épais sourcil, sont de ces yeux puissants et veloutés faits pour exprimer l'amour ou la haine, comme le dit A. Dumas. Quoique grave et austère, sa figure est d'une grande mobilité, et ne peut être parfaitement comprise qu'après avoir été vue at jour d'impressions diverses. Il cause peu et bien. R fume beaucoup, et plus d'une fois les soucis du jour s'envolent avec les ondulations de la fumée qui appelle la rêverie et les songes menteurs. Il est parfo^ distrait ; sa conversation s'anime souvent d'une points d'aimable gaieté et d'inoffensive plaisanterie ; c'est un homme foncièrement juste et mesuré. Sa diction est lente et sentie ; lorsqu'il lit , son bras ^'étend ,- sa maii se ferme, à l'exception de l'index, qui *iit le mouve* ment de la pensée et du vers. M. Dumas est d'une ingénieuse fidélité lorsqu'il décrit le travail de la bou- ' tique, le costume du maître, co«rt*mc très-simple ^ mai$ trèS'fropr9 , 0t tenant un milieu sévère entre h

Xyi NOTICE.

peufU et la bourgeoisie. Il est fidèle historien quand il rappelle le petit escalier tournant situé dans un angle de rue, puis le grenier sur le planch$r duquel est amoncelé, en tas séparés, du froment de qualités différentes^ les petites vallées que ees montagnes nourricières forment ent,re elles ^ et , au bout de dix pas, la porte d'une cham>^ bre dont la simplicité est presque monastique; des ri^ deaux blancs au lit et à la croisée, quelques chaises de paille, un bureau de noyer^ un crucifix dHvoire^, un modeste canapé^ formant tout Vameublement.

Cette chanibre si simple a reçu bien des visiteurs illustres ; elle a vu arriver bien des hommages de livres ou de lettres aux sceaux armoriés. Autour du cadre d'une glace brillent des cartes de hauts personnages, de princes étrangers et d'écrivains distingués.

Ses^ lectures favorites sont la Bible et Corneille. Il professe une admiration particulière pour la littérature espagnole, et cite avec eathousiasme des fragments du rornsmcero du Cid.

Pour luila poésie n'est pas uneafiTairad'art ou d'intérêt , mais une sainte mission ; c'est encore une amie à laquelle il ne confie les secrètes pensées de r&me et Texubérante affection du cœur qu'aux seuls jours où elle est sourknte et où l'esprit soufiî:ant sent le besoin de sa causerie.

Entouré d'imposantes ruines, Reboul se plaît à visiter ces témoins d'une civilisation disparue; il fait^ avec amour les honneurs des Arènes par lui chantées,

Ronci. xvu

et respire & Taise sous les vastes ombrages de la fontaine.

Aux jours qu'il peut consacrer & de poétiques pèlerinages, il va saluer le pont du Gard , les monuments d'Arles, ou s'achemine vers Aigûes-Mortes.

Sa poésie a toujours un but utile et élevé. On y reconnaît ce qui fait le chantre inspiré, le vare# à Fesprit divin, à la voix retentissante. U nous rappelle ces hommes antiques qui portaient haut la tête, sentaient ruisseler dans leurs veines un sang généreux , et avaient une ftme élé^aque pleine de compassion pour les misères de l'humanité. Son premier recueil , parfaitement un dans sa tendance, est varié dans la forme et dans le choix des sujets. Il ne nous semble pas que J. Reboul ait jamais voulu suivre les traces d'aucun maître; c'est en gardant son indépendance qu'il a surtout mérité de fixer les regards.

La critique lui a reproché de ne pas faire entendre des accents auxquels on pût reconnaître le barde échappé des rangs du peuple; elle eût voulu que le boulanger se révél&t surtout dans ses vers. Il ne pouvait en être ainsi.Xie poëte a bu , comme tant d'autres, aux tristes sources de la science ; c'est un homme mûri au soleil de la civilisation des grandes villes; il a lu et médité. Il plonge le regard dans l'histoire avec une vive pénétration , et prononce sur les hommes et sur les choses des jugements d'une grande sagesse.

Nous avons textueUement emprunté ces détails bio-

Xnil NOTIGB. ,

graphiques et la plupart décès appréciations à la Ga^ ierie de la Presse, et' surtout â Tintéressaut travail publié à Lyon par M. Collombet. Un artiste distingué de la même ville, M. Péniû , a reproduit avec un rare bonheur et nne^rande habileté les traits du poëte sur une médaille en bronze.

D'autres voix poétiques sorties des rangs du peuple sont venues s'unir à ceUe, du boulanger de NîmiBs. Jean Reboul aura eu la gloire d'être le précurseur de cette émancipation dans laquelle M. de Lamartine a vil en se réjouissant « l'égalité des intelligences, lorsque Dieu et la nature les ont faites égales, se manifestant dans les lettres; les nobles études appelant tous à tout, élevant le niveau commun, confondant les classés, faisarit vivre du môme pain inteflectuel tous ceux qui vivent du même pain du jour, et réalisant dans le domaine de la pensée cette république des intelligences où les droits ne sont que des dons de Dieu, où les fonctions ne sont que des services, où la dictature n'est que du génie. ».

Ce qui doit encore frapper et réjouir le sage en écoutant ces voix populaires, c'est la pureté de leurs accents. Lorsque tant d'autres , avec des motifs de bénir , maudissent et blasphèment, du sein de leurs privations et de leurs angoisses journalières ceux qui ont su partager leur vie entre les huînbles travaux manuels et la noble culture do leur esprit n'élèvent

NOTlCit. XXX

que des chants de louanges , d'austère morale et de pieuse résignation. G*est un heureux symptôme» qui doit nous consoler de bien des plaies actuelles, et fortifier notre foi dans ravenir.

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