A LA
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^ Septembre 1830. ~-
L'esprit de poésie, ô mer , te rend hommage Quand la lune en ton sein réfléchit son image Et sourit de s'y voir, comme un enfant charmé Qui se mire au pavois d'un géant désarmé ; Quand cet astre revôt d'une teinte argentine Le triangle renflé de la voile latine Qui Ole au loin, semblable à l'aile d'ua oiseau Dont le reste du corps serait caché dans l'eau ; Quand, pour s'harmoniser aux soupirs de tes vagues, Il survient de ces bruits inattendus et vagues ; Quand le vent pousse au bord les lointaines rumeurs Qu'il dérobe en passant à la voix des rameurs Alors que, recourbés et relevés ensemble,
A LA MER. I99r
A la lueur du soir qui s*enfuit et qui tremble ,
Sur ton miroir mouvant, pour charmer leur ennui ,
lis livrent leurs chansons aux brises de la nuit ;
Lorsque, sans murmurer s'abaissant au rivage ,
Le flot humilié reconnaît son servage ,
iîlt semble se traîner sur ton sable riant
^omme un esclave aux pieds d'un roi de TOrient ;
(îuand d'un profond sommeil dort ton onde aplatie ,
^si qu'un peuple heureux en sa douce apathie ,
Qui ne s'expose point à de grands désarrois
Et laisse prolonger le régne de ses rois ;
Mais surtout quand le vent du midi sur la plage ,
I^'un sinistre frisson agitant le feuillage ,
fait hâter le retour du pêcheur dans le port
El chercher aux oiseaux les retraites du bord ;
Lorsque de l'horizon des nuages livides ,
Due sillonne Téclaîr de ses lueurs rapides ,
Montent, et dans les airs pendent en noirs lambeaux
)u traversent le ciel comme de grands corbeaux ;
Juand de la foudre au loin le murmure sublime
S des eaux et des cieux émeut le double abîme;
hand tout bruit, tout aspect indiquent l'ouragan ,
he chacun de tes flots devient plus arrogant
ît d'instant en instant ?iugraente son écume
Wme un ardent coursier dont le courroux s'allume ,
im A LA MKR.
Impatient d'offrir son poitrail effaré , Aux dards étincelants da bataillas carré ; Lorsque sur tous les points la tempête est maîtresse Qu'un vaisseau tire au loin le canon de détresse : Les mâts comme un roseau sont penchés parles yen La voilure n'est plus que des lambeaux mouvants^ Sa carène s'épuise en efforts inutiles ; Comme Laocoon sous les nœuds des reptiles , La'lame tortueuse en son vaste repli Semble à moitié déjà l'avoir enseveli ; Mais bientôt, l'exhumant de sa fos^e écumante Et le faisant encor dominer la tourmente , Elle laisse tomber et brise sur recueil Celui que tu portais naguère avec orgueil , Dont les ailes aux vents et les flancs dans les ondes Dévoraient la distance et rapprochaient les mondes; L'abîme, qui se creuse en immenses labours.
Disperse ses débris. Ainsi de ses faubourgs; A la voix d'un tribun, la foule déloyale , Sort et vient assaillir la demeure royale , Déborde dans les cours, inonde les jardins , Du trône fracassé submerge les gradins , Et retourne en faisant flotter sur ses épaules Du suprême pouvoir les malheureux symboles :
Des lambeaux de velours, des diadèmes d'or Que, prosterné, la veille, on adorait encor.