‹ PoésiesChapitre 53 sur 75 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

Étendu sur ma couche entre quatre rideaux Tristes comme les murs qui closent les tombeaux , Le soir d'un de ces jours où ce mot : décadence S'était fortifié dans mon intelligence , Où j'avais contemplé du regard de Fesprit L'astre des nations ^ dont Féclat dépérit, Vers un triste horizon tomber plus bas encore Et faire cette nuit qui n'aura point d'aurore , Je liais, ébloui de son vague appareil , I^s pensers de la veille avec ceux du sommeil , Et, dans mon rôve, allant de ruine en ruine Jusqu'au temps qu'a prédit la parole divine , Jusqu'au jour (si le jour doit exister alors) Q^i de tout l'univers brisera les ressorts , Où tout doit disparaître en un abîme immense Ettout bruit expirer dans l'éternel silence ; Un ange m'apparut, et, de sa main de fer,

14 LE DBRNISR JOUR.

Me saisit aux cheveux et. m'enleva dans Vair. La nuit régnait ; le ciel îtait comme une glace Dont le souffle de Thomme a terni la surface ; Les astres scintillaient à travers la vapeur , Pareils â, la beauté pâlissante de peur , Qui s'échappe tremblante à travers la fumée Qu'exhale tbut à coup la chaumière enflammée ; Et, pour voir si la terre était comme les cieux, De leur sinistre aspect je détournai les yeux : Et je vis, sur le haut d'un large promontoire, Des groupes s'agiter au sein de l'ombre noire , A la lueur des feux qu'ils avaient allumés , Et qui gisaient sur terre à demi consumés.

Des yeux apparaissaient hagards sur des fronts piles Où des reflets mourants dansaient par intervalles, Et j'entendis ces mots : « Dix heures du matin. Et rien ne brille encor dans le, sombre lointain ! L'astre dbnt notre angoisse invoque la lumière Devrait avoir fourni le tiers de sa carrière....

Mais voilà que soudain une ligne de feu Rougit sur un ciel noir l'épaisseur d'un cheveu Sa chétive lueur par degrés se propage , Ensanglante les bords d'un bizarre nuage Qui frappe de terreur mon regard fasciné

CHANT PRBMIBE. 15

Comme les yètements d*un homme asassiné.

Et cette aube à la triste et funeste apparence A de ces malheureux ranimé Tespérance; Tant rétemelle nuit avait mis dans leur cœur Tout ce qu'elle avait eu d'épouvante et d'horreur ! « n revient , disent-ils , l'astre au rayon suprême , « Donner encor la vie à la terre qu'il aime ! « n ne nous avait pas fait d'étemels adieux : « Son approche a déjà tranquillisé les cieux. (c Et grâce soit rendue à ces mains souveraines «i Qui de son orbe ardent n'ont pas quitté les rênes ! » Tels les tristes enfants du pêcheur en retard, Quand l'orage et la nuit se font de toute part, Pour découvrir la nef qu'ils soupçonnent perdue. Plongent des yeux en pleurs dans l'immense étendue; Puis, à l'aspect du m&t qui surgit sur les flots. Renaissent à l'espoir, et, calmant leurs sanglots, Élèvent vers Je ciel leurs mains reconnaissantes.

Se dégageant enfin de ces vapeurs sanglantes» Cependant le soleil se montre à l'horizon.

Mais triste comme un roi que l'on sort de prison Et qui doit, en montant l'échelle du supplice, Commencer par sa mort un vaste sacrMce , Ouvrir un gouffre immense, avide, dont la faim Du royaume maudit consommera la fin.

46 LE UERMIER JOUR.

Ce Q*est plus ce géant à Farmure éclatante Qui fait fuir le chaos au sortir de sa tente , Cet époux satisfait dont la face reluit Des voluptés d'hymen à leur première nuit, Que saluait jadis la harpe orientale , Alors qu'il désertait sa couche nuptiale ; Ce n'est plus du Gentil la grande déilé , Type de la jeunesse en son éternité , Qui, pressant ses coursiers à l'ardente crinière, Remplissait l'univers de vagues de lumière , Et qui, dans son triomphe, éblouissant César , Voyait l'aurore esclave au-devant de son char; Ce n'est plus la féconde et radieuse image Qui du monde abusé força presque l'hommage, Et , ravissant les cœurs par la porte des sens , De l'autel du vrai Dieu fit dévier l'encens.

Sa jeunesse éternelle enfin connaît les rides ; Son éclat s'est voilé sous des taches livides ; Comme un crâne vieilli qui n'a plus de cheveux , Le voilà maintenant dépouillé de ses feux !

Chacun, à son aspect, se frappe la poitrine ; On connut que le monde entrait dans sa ruine. Les mères ont pressé leurs enfants sur leur sein. Des hôtes du désert le redoutable essaim Remplit de hurlements ces vastes plaines nues Dont le sable lointain se perd avec les nues. Du regard, du lion la sinistre lueur Pour la première fois exprime la terreur.

CHANT PR£1IIER. 17

Comme si les forêts étaient incendiées , L'oiseau lasse, sans but, ses ailes effrayées. Du fond de son rocher le serpent sort debout Gomme sur le midi dans un jour du mois d'août. Le coursier sous ses bonds fait Yoler la poussière ; De livides éclairs sortent de sa paupière.

Les naseaux vers les cieux, le taureau du marais Hume Tair , comme si Fouragan était près ; Léviathan des mers soulève la surface , Et de celles du nord a fait craquer la glace ; Parcourant le chemin du pôle à Téquateur Et semant la tempête en toute sa longueur , Il refoule les flots sur tous les hémisphères , Et jette l'Océan plus avant dans les terres.

Ainsi , voyant la mort sur le front de son roi , La nature s'effare et pousse un cri d'effroi.

NOTES

BU CBJlWT vaBMZBa.

NOTE I-

Qui de Tyr, de Sidon, edàçant les palais,

En fis comme an lien propre à sécber des filets.

(Page 9, vers 3 et 4.)

« Le Seigneor Dieu a dit : Tyx, me ToUà contre toi ; et je « soulèverai contre toi des peuples nombreui , comme la mer u' soulève ses Oots. Dans la multitude de tes crimes, et dans Ti- « niquité de tes trafics , tu as souillé ta pureté ; c'est pourquoi « je te renverserai, je bouleverserai tes édifices qui 8*écroule- « ront en débris enflammés... Je te rendrai à la pierre nue , et « tu servirai à sécher les fUeis, et tu ne seras plus rebAtie , car, « moi, Jéhovah, j*ai parlé, dit le Seigneur Dieu. »£séeM ch. 26, 21 y 28. — M. de Yolney, en comparant Tétat actuel de Tyr avec la prophétie, M. de Yolney, malgré son incrédulité connue, fait cette réfleiion remarquable : o Les révolutions du sort ont accompli cet oracle. Au lieu de cette ancienne circulation si active et si yaste décrite par le prophète, Tyr, réduite à Tétat d*un misérable village, n*a plus pour tout commerce qu'une exportation de quelques sacs de grains, de coton, ou de laine , et pour tout négociant qu'on facteur grec au service des

NOTES DU CAAMT FRIMUa 19

lis de Saïde, qai gagne & peine de quoi soutenir sa fa- . » -^ « Le sort a frappé Tyr, la reSae des mers, le ber- In coinmerce qui ciTiUsa le monde ; ses palais ont fait i quelques cabanes chétives; le pécheur indigent habite es où jadis s'entassaient les trésors du monde; une colebout au milieu des ruines marque la place où était le de la cathédrale consacrée par Eusébe '. » — Le voya- Aglais Mauttdrell dit qu'on ne yoit plus dans Tyr que des de murailles, de yoùtes et de colonnes brisées, et qu'il ne sye pas une maison entière. Il semble, dit cet auteur, que iUe ait été conservée en ce lieu-là' comme une preuve de Taccomplissement de la parole divine : Elle $wra \ le. sommet d'un rocher, et éUe servira à sécher les les pêcheurs 9. — La seule curiosité, dit J. Bruce, m'eni passer par Tyr, et je devins le triste témoin de la vérité )phéties... ]>eux misérables pécheurs, après avoir attrapé i de poisson, venaient d'étendre leurs filets sur les rochers

NOTE II

vec le grand désert mis l'Egypte en accord.

(Page 9, Ter» 8.)

)ici ce que dit le Seigneur Dieu : Je ferai de l'Egypte un !rt parmi les déserts, ses villes seront entre les villes aban- Qées. — Je ruinerai le pays dePhatures, je mettrai le feu i Taphnis; Alexandrie sera ravagée, et Memphis «era en ontinueiles angoisses; les jeunes gens d'HéliopoUs et de

ofa§e en Sjrrie et en Êgypu, par Volney.

r^it de la géographie universelle, par Malte-Bran.

oyage éPAlêf a Jérusalem, par Maundrell.

orages aux sources du Nil, en Nubie et en Abyssinie, pi»

ce.

« Bubaste seront passés au fil de Fépée , et les femmes seront u emmenées captives. >- Ensuite, ils établiront un royaume im- « puissant. £t il sera petit entre les royaumes, et il ne s'élèvera « plus au-dessus des peuples, et je Taffaiblirai, afin qu'il ne n commande plus aux nations. Je livrerai ses champs entre lu n mains des plus méchants hommes; je détruirai cette terre « avec tout ce qu'elle contient... » Ezéchiel,eh. 29, 30.

Il y a aujourd'hui plus de deui mille ans que celte prophétû a été prononcée. Quelle vraisemblance y avait-il alors p TEgypte, ce royaume si vaste, si riche, si fertile , subirait le formidables châtiments qui Font mis dans cet état, d*où il n'i pu se relever depuis tant de siècles? L'on sait ce qae sont de venues Memphis, Héliopolis, et toutes ces villes superbes. QaiD AU petit royaume, tel est, dit encore Yolney, Tétat de l'Egypte Enlevée depuis vingt-trois siècles à ses propriétaires natareb elle a vu s'établir successivement dans son sein des Perses, de Macédoniens, des Romains, des Grecs, des- Arabes, des Géor giens, et enfin cette race de Tartares, connus sous le nom d Turcs-Ottomans. ( Foyojjfe en Syrie et en Egypte, t. i, c. 6.)

NOTE III

Et logeas le chacal au palais de ses rois.

(Page 9, vers 12.

Ecoutons Isaie :

« Cette superbe Babylone, cette reine entre les royaumei « l'orgueil des Ghaldéens, Jéhovah la renversera; elle sera d( « truite comme Sodome et Cîomorrhe. — Elle sera déserte jo! « qu'à la fin des siècles; les générations ne la verront pas réti « blir, l'Arabe n'osera pas y planter sa tente, et les pAtres n « laisseront pas reposer leurs troupeaux. Ses ruines deviendroi <f le repaire des bétes féroces; ses palais seront remplis de se « pents; des oiseaux sinistres s'y feront entendre; des animai « sauvages y pousseront des hurlements; des monstres marii

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