‹ PoésiesChapitre 52 sur 75 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

Eh bien i je me soumets, Seigneur, quand Tanathème Au sortir de ma lèvre , éclatant sur moi-même ,

Me laisserait sur le carreau.

Vous m'avez appelé ; dans ma nuit , je me lève Et vous obéirai , comme obéit le glaive

Au bras qui le sort du fourreau.

Sinistre précurseur d'immenses funérailles, Vous voulez que je crie autour de nos murailles :

Jérusalem , malheur à toi !

Malheur à toi , malheur, 6 cité de scandale ! Je redirai malheur! jusqu^à Theure fatale

Où je dirai : Malheur à moi !

«JBA»© 8.

ARGUMUNT.

vocatii>Q ^ l'ange des raines ^-— Coup d'opil snr la sitoation morale du monde. — Vision. — Première scène. — Lever du soleil.

— Effroi de la nature.

Irchange qui réduis sous ta main meurtrière ^s cités en débris , les débris en poussière ; lui , de Tyr , de Sidon , effaçant les palais , n fis comme un lieu propre à sécher des filets; )i, dont le souffle ardent brûla comme le chaume !S marbres^dont s'ornaient et Gomorrhe etSodome, li, parcourant le Nil de Memphis à Luxor, Bc le grand désert mis TÉgypte en accord ; Babel, courtisane à la grande énergie , 3ignis dans la mort Féblouissante orgie , : niveau de Fhysope abaissas ses parois , logeas le chacal au palais de ses rois ;

iO LE DHUIflm iÙOÊL.

Toi qui mets sur les monts des panadies deflanuDes, Qui , de la mer de Naple illuminant les lames Et la terre et le ciel de rouge&tres clartés , Sous des torrents de lave engloutis trois cités; Qui , des remparts détruits de Solyn^e la sainte» Fais, après deux mille ans, pleurer encor renceinta Et sous les quatre vents tiens ses fils dispersés, Ainsi que leur avaient promis les temps passés; Qui , surprenant Lisbonne en ses habits de f&ts , IjSl castagnette en mains et les fleurs sur la tète , Sous ses pas cadencés élargissant Féoueil, Riante la plongeas dans la nuit du cercueil, Et, sur ses murs perdus dans le fond du cratère, Fis étendre la mer comme un drap mortuaire; Implacable ennemi des travaux des humains, Toi qui dévores tout ce qui sort de nos mains, Et, dédaignant encor ce terrible apanage.

Jusqu'aux œuvres de Dieu &is monter le ravage; Toi qui fis un appel aux vastes océans.

Afin d'ensevelir la terre des géants; Et, sur les plus hauts monts balançant les abîmes, Trouvas des ch&timents à la taille des crimes; Qui, le voyant sauvé de Thumide éltoent, * Déchiras Tunivers comme un vieux vétemait Dont les vâ^s lambeaux formèrent les deux moïKies Que sépare aujourd'hui l'immensité des ondesi. Laisse vivre m^s chants , toi qui fais tout mourir, JSt qu'ils puissept atteindre aux siècles à venir,

CHANT PRBIOER. li

tous les chants bientôt ne doivent pas se taire , il reste désormais quelqa*espoir à la terre , il est quelque avenir pour un siècle insensé li méprise son père en niant le pa^ , ï le jour qui se lève est toujours la merveille ; jette insolemment le sarcasme à la veille !

ais pourquoi t'évoquer? n'es-tu pas parmi hous? t quel temps plus rempli du fiel de ton courroux? n délire effrayant tourne toutes les tètes :

e vent est supplié de calmer les tempêtes, t le monde, oublieux du mal qu'il a soq^ert, ne seconde fois a caressé Tenfer ; l voilà qu'épuisé de sa fatale ivresse , jnant rassasié du sein de sa maîtresse , i s'affaisse mourant au lit désenchanté , hé&tre de son crime et de sa volupté ; 1 s'étourdit eh vain sur les bords de l'abîme, 1 porte de sa fin le sentiment intime ; \xix murs de ses festins un invisible doigt Laisse après lui des mots qui font pâlir d'effroi ; Ses fils sont possédés d'un funèbre délire :

[^aeoide de la joie , hélas ! manque à leur lyre , Elt leur regard , blasé des splendeurs du soleil , - ^mble invoquer la nuit et l'étemel sommeil ,

iS LE DEBNI^ JOUR.

Le sommeil affranchi de bon ou mauvais songe,

Où doit dormir le ver de l'ennui qui les ronge,

Sommeil que, dans leur langue, ils noiùmentle néant,

Des esprits décédés mensonger océan.

Et tout languit, tout meurt, les dieux mêmes périsses '

Les trônes sont à terre et les tribuns fléchissent ,

Et le peuple , en brisant le sceptre de ses rois ,

PTa pas vu pour cela mieux respecter ses droits ,

Et son bras , tout-puissant contre qui le défie ,

Est frappé de faiblesse alors qu'il édifie :

Accablé de mépris par ceux qu'il étaya ,

Il voit ressusciter tous ceux qu'il balaya ;

Et des grands imposteurs, dont l'astuce le joue ,

Le char armorié le recouvre de boue ;

Des petits et des grands s'ouvre encor le duel :

Le serviteur est traître , et le maître cruel. -

Au sein de nos cités la faim s'enrégimente ,

Et force aux charités l'avarice opulente.

La révolte d'hier, sanglante autorité ,

Réprime par la mort le nouveau révolté.

La justice s'indigne et se voile la face :

La sellette et le siège ont échangé leur place ;

Le glaive de la loi, de peur de se tromper,

Hésite sur le crime et craint de le frapper ;

Devant le prévenu c'est le juge qui tremble,

Tant l'injuste au bon droit fatalement ressemble -

Il est vrai qu'on nous dit que cet ébranlement.

Loin d'être pour la mort, est pour l'enfantement-

CHANT PBEinER. 15

On nous trompe : tout tombe et rien ne se relève. Le cèdre social est vide de sa sève , Sa branche sous la main casse au lieu de ployer , Et brûle sans fumée aux flammes du foyer :

Tant du vent du trépas le funèbre passage A desséché la vie et flétri son feuillage l

lîl

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