N0TE8 DU CHANT QUATRIÈME
NOTE II
Lorsqu^apparut le nombre au langage céleste, Afin qu'A tout esprit Fesprit se manifeste.
( Page 79, Ters i et a.)
Le nombre est le signe infaillible de tonte intelligence ; toute ordonnance indique un ordonnateur. L'atbée, en niant cette vérité, cesse d'éire en communion avec le genre humain : il déraisonne.
NOTE III
Tu te rendis hommage et tu te dis : C'est bien.
(Page 79, vers 12.)
Dieu fit deui grands corps Inmineui : Vun pour préilder tu jour, rautre pour présider à It nuit.
Il fit aussi les étoiles;
Et il les plaça dans le ciel pour luire sur la terre, pour séparer la lumière d^avec les ténèbres;
Et Dieu vit que cela était bien. (Genisû, chap. 1«'.)
«sasiv^sf^ «$»,
ARQVMCNT.
L'ange q>'«4(pkiqiif ce %«^ '}^ vie^s de voir. — Limbes des enfants morts sans boptéme, — Invocation à la mu&e catliolique. — lieux des expiations temporaires. — Prostitution de l'esprit cl de la chair, épisode. — Béflexions.
Nous avions repassé les sept portes des cieux, Et vu s'évanouir leurs reflets radieux ; Mon ange conducteur plus près de moi s'avance : « Tu ne me prieras plus de rompre le silence, Dit-il ; tu viens de voir et dois avoir compris Ce cercle suppliant de célestes esprits ; Anges gardiens du monde 43ù pèse la menace, Nous venions, mais en vain, pour demander sa grâce ; L'immuable parole a décidé son sort ; ous les globes des cieux sont voués à la mort ;
92 LE DBRNISR JOCB.
Nous allons voir couler les derniers flots des âges Et le fleuve des temps déserter ses rivages ; Le juge va paraître, et puisse le remord Occuper les moments qui te restent encor !
Tout crime va sortir de la nuit qui le cache, Et les rayons du jour ne seront pas sans tache. Pour que le repentir germe mieux dans ton cœur, Par des sentiers semés d'épouvante et d'horreur, Nous allons retrouver cette triste planète Où tu reçus la vie et qui fiit ma sujette ; Car, malgré son péché, je sens que mon amour Demande à la revoir avant son dernier jour.
Ce que tu vois déjà flotter dans cet espace (De mon ange, à ces mots, la voix devint plus basse; Comme s'il avait craint que quelqu'un l'entendit, Il me parla du souffle, et son souffle me. dit ), Ce que tu vois flotter au fond de ce ciel blême, Ce sont les enfants morts sans les eaux du baptëffle, Coupables par nature et non par volonté ; Leurs pères ont en eux transmis l'iniquité ; Et, n'ayant pas reçu les grâces infinies.
Ces âmes avec Dieu restent sans harmonies :
Ruines que le Christ ne relèvera plus.
Us ne peuvent atteindre à la fin des élus ; Aux visions du ciel leur œil est inhabile ;
CHANT GINQUIÈIIE. 95
N'ayant jamais connu la loi de TÉvangile, Hors d'elle ils sont jugés, et jugés justement ; D'un crime sans plaisir la peine est sans tourment. Ici joie ou douleur ne se font pas connaître ; L'être y vit satisfait de la faveur de Fètre, Mais de Tètre avorton, incomplet, et n'étant Que pour faire contraste à côté du néant, Jouissant d'une paix qui n'a point de délices, Et dont le bonheur est l'absence des supplices, a Quoi ! m'écriai-je alors, cet essaim vient et va Dans l'éternel oubli du nom de Jéhova... »
Hais mon ange soudain mit sa main sur ma bouche. Et son regard ami me fut presque farouche :
ce Malheureux ! me dit-il, quel nom prononces-tu ? Ce nom, partout ailleurs félicité, vertu, Ne serait en ces lieux qu'une fatale idée.
Si par leurs habitants elle était possédée ; Brûlant pour son objet qu'ils ne doivent pas voir. Ils trouveraient l'enfer dans un vœu sans espoir. Fuyons, ne troublons pas leur tranquille ignorance ; La bouche du mortel est pleine d'imprudence ; Si de la tienne encor ce ncmi pouvait sortir. Quelque foudre divin viendrait t'anéantir.
Charme du monastère et de la basilique, Esprit dos jours naïfs, ô Muse catholique»
1)4 1^ WRUt» KM».
Toi qui penphes la tète en joignant te6 4&ix maios Sur la tombe pmdtevm oA repoeéni tas saîBte, A qui Je ml donna de Toir, dans ta prîj^, Sourire de boulé ki madone de pierre^ Ifélas ! et plus souvent dans nos joiurs de deiileufs, Le crucifix d^ébène arrosé de ses pleurs ; Toi qui, pour réveâtor Thumaiiie indifEârenee, Lui montres, dans la Qùit, des &mes en souffrance, Et lui fais* sur le feu de Texpiaiion, Secrëlement verser Taumône et Toraison :
Car les morts ont besom du secours de la terre. Quoi qu'en ait prétendu la raison du sectaire, EU pour rbomme ooupable, au delà du tombeau L'espoir n'a pas éteint tout à fait son flambeau ; Ange consolateur qui te places sans cesse Entre Tire divine et l'humaine faiblesse, Viens aider mon esprit dans la de8(MripCjon De tout ce qui frappa l'œil de ma vision !
Je vais parler d'un dogme enfant de ta parole. Que^ma v(nx par ta voix terrifie et eonsole !
Quand nous eûmes franchi les bornes du seul lieu Où l'être soit possible avec l'oubli de Dieu, Mon regard aperçut comme une mer de flammes Dont les vagues roulaient des multitudes d'&mes ; Des groupes en sortaient, le visage pareil
îristal qae traverse ub ra^fou de soleil,
)ortant dans teur maîB la palme et la couronne ,
ènissaiesit le Diea qui obftiie el pardonne ;
andis qu'il montaient au eéleste séjour,
très apparaissaient el venaient à leur tour,
r s'élever comme eux vers Tétercdle gknre,
ire toute sooiUuie au fiel eipiatoire.
) voyais aussi sur leurs maux dévorants
roiser, dans leur voU deux esprits diffifareoftts,
ge de la doudeur, ceki da rei4)éraoc6 :
i, dans ses pâles mains, tenant une urne immense,
aissait échapper un liquide visqueux
de cet océan entretenait les feux
que la torture y Bit continuelle ;
t rautre, la calmant aous te ve<it de son aile,
r criait : Contre Dieu n'aUes p9» murmurer ;
[ssez les tourmente qu'il ^omns Sût endurer
r jouir au plus tôt de la sainte lumière,
votre plainte encor ressemble & la prière ;
[que cruel qu'il soit le présent doit finir,
i joie éternelle est dans votre avenir.
entendais aussi de ces mers dévorantes ir con&iiâément des plaintes dédiirantes.
le d'elles disait : « Voilà quatre mille ans je suis le jouet de ces feux violents ;
96 LE D£RN ISR JOCOL.
Et mon &me, ô mon Dieu » s'y f&t évaporée, Si pour l'éternité tu ne l'avais créée ; Je sens au long tourment que j'ai déjà souffert Que j'avais effleuré les bofnes de l'enfer.
Hais ôte à ta justice, ajoute à ta clémence.! Que du bonheur pour moi l'ère bientôt commence! Quand pourrai-je, quittant tout ce que j'ai d'impur, . Aller me rafratchir dans l'éternel azur !... » Hais rien ne répondit ; impassible couleuvre, La flamme autour de lui continua son œuvre.
Tout ému de pitié, je lui criai : « Comment « As-tu pu mériter un si long châtiment ?» — Ah ! si l'aveu d'un crime est une pénitence.
Du mien, me répond-il, reçois la confidence.
Il faut que je l'expie, ô mon fils ; puissions-nous Fléchir en ma faveur le céleste courroux !... Le rêve impérieux de mon adolescence Fut de me voir un jour grand par l'intelligence. La sève encor manquait à mon précoce élan.
Mais le chêne futur se sentait dans son gland ; Tentendais retentir ces orages intimes Qui des cœurs inspirés parcourent les abîmes, Et doivent tôt ou tard au dehors éclater Pour féconder le monde ou pour le dévaster.
GITANT ClNQinÈME. 97
Bientôt à mes désirs je vis grandir les ailes ; Propagateur ardent des choses immortelles, Ma parole essaya de répandre le feu Qui mûrit dans les cœurs la récolte de Dieu ; Mais je ne recueillis que dédain de la foule ; Ma brillante espérance en un moment s'écoule ; Car nous étions alors dans un siècle pervers Où tout semblait pencher du côté des enfers ; Où, de s'anéantir toute âme satisfaite.
Gomme un chant de victoire entonnait sa défaite ; £t je me demandai, dans mon accablement, Si Dieu faisait aller les choses sagement.
Un soir que ces pensers m'occupaient en silence. Je ne sais quel démon vers ma couche s'avanee ; Il n'était pas de ceux dont on connaît le sort, Qui, foudroyés du ciel, au ciel font croire encor ; Rien de l'ange déchu n'était sur son visage, La matière parlante aurait eu son langage.
a Insensé, me dit-il, pourquoi te consumer A semer ici-bas ce qui ne peut germer?
Dieu n'est plus aujourd'hui qu'une vieille chimère Qui fait à ses croyants une existence amère.
Regarde le mépris, la haine, l'abandon.
Comme la rouille au fer s'attacher à ton nom.
98 LE DERNIER lOUR.
Et du génie en toi pourtant brille la flamme ! Comme un de ses appuis le monde te réclame , Oh ! si tu te lassais de parler au désert Ou dç tendre les bras dans le vide de l'air Pour pouvoir en saisir de mensongers fantômes ; Si, te conciliant les choses et les hommes.
Le siècle un jour par toi pouvait être adoré. Voici de quel encens lu serais enivré. »
Et me voilà soudain au milieu d'un théâtre.
Et devant moi se lève une foule idolâtre ; Et, loin de son enceinte, en triomphe porté.
De mille et mille cris dans ma voie escorté.
Bravos des jeunes gens et sourires des femmes, Je voyais devant moi voler toutes les âmes ; Sur mon front, que chacun était heureux de voir, Le chêne, le laurier ne cessaient de pleuvoir. Et j'entendais : « Honneur à ses écrits célèbres. Qui du vieil univers dissipent les ténèbres ; » Et je voyais aussi le pape et l'empereur Échanger des regards et pâlir de terreur ; liCur puissance croulait au bruit de ma parole. Et ma parole allait de l'un à l'autre pôle ; Et le démon me dit, en voyant mon émoi :
« Si tu veux être à nous, cette gloire est à toi. »