‹ PoésiesChapitre 63 sur 75 · CHANT CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHANT CINQUIÈME

Puis, tout 8'évanauit ; le jour vint & paraître ; A ses rayons glissant à travers ma fenêtre.

Je me retrouvai seul entre quatre rideaux Que ma longue misère avait mis en lambeaux.

Mon âme de Torgueil sentit les défaillances, Du nocturne démon j'acceptai les avances, Et mes doigts apostats tracèrent des écrits Qui, d'un espoir divin détachant les esprits, Dans la soif du plaisir placèrent la sagesse ; Et je vis arriver la gloire et la richesse ; Du monde délirant je fus la déité :

Toute ma vision devint réalité.

Pardonne à ma folie, ô sagesse suprême !

Ne croyant plus à toi, je me crus dieu moi-même ; Mon esprit, envieux de tes adorateurs.

Conçut dans son orgudl des oracles menteurs.

Tant j'étais enivré d'encens et de louange.

Mais un jour, assailli d'une tristesse étrange, Je me dis : Malheureux, qu'as-tu fait de ta foi ? Tu doutes, et le doute est encor contre toi ! Le Dieu que tu nias n'est que trop véritable. L'effroi le manifeste à mon &me coupable ; Mon Dieu, que je retrouve, et retrouve irrité. Oh ! rends-moi ma misère et mon obscurité !

Ma gloire m'épouvante, et mon intelligence.

Don céleste tombé de ta maghificeDce,

Je voudrais pour toujours pouvoir Tanéantir !

Ce n'est que contre toi que je Fai fait servir.

Gra.ce au fatal attrait de mes écrits infâmes,

En tous lieux, en tous temps je corromprai des âmes!...

Mes remords déliraient, et je disais au vent :

Rassemble les feuillets où mon crime est vivant ,

Je veux que d'un bûcher la flamme expiatrice

Aux éloges du monde à jamais les ravisse !...

Et je courbais le front devant le crucifix.

Et je disais : Seigneur, prends pitié de ton fils ,

Si je suis digne encor de t'appeler mon père !

Et des pleurs nuit et jour coulaient de ma paupière;

Ma face en garde encor les douloureux sillons ;

Et, trente ans, dans le jeûne et les afflictions

Je vécus ; mon aspect n'avait plus rien de l'homme;

Le trépas vint me prendre à Tétat de fantôme ;

Et mon âme, quittant les langes de la mort,

Vint tomber en ces lieux pour y souffrir encor; j

Heureuse d'échapper, après sa faute immense, 1

Aux expiations qui n'ont plus d'espérance ! »

Lorsque ce malheureux eut cessé de parler.

D'un indicible effroi je me sentis troubler ;

Mais, loin de m'épuiser en stérile reproche.

Je lui dis : Espérons, car le Seigneur approche ;

L'univers et le temps sont au dernier soupir.

Ton crime et ses effets avec eux vont mourir ;

Et, ne lui voyant plus sa vertu corruptrice.

Dieu pourra pardonner sans blesser sa justice.

CHANT CINQUIÈME. iOi

Mais d'un autre côté je portai mes regards.

Et je vis une femme aux longs cheveux épars ;

Le charme de ses yeux faillit troubler mon âme ;

Leur éclat brillait même à travers cette flamnie.

Jamais les doigts divins n'avaient, en si beau corps,

Assoupli la matière à de si doux accords.

Au repentir amer dont sa voix était pleine,

Je vis qu'elle avait eu les jours de MagdeleinCi

Et que, dans les attraits dont le ciel Tembellit,

S'était trouvé l'écueil où sa vertu faillit.

Son cœur jeune et brûlant d'une ardeur sans mesure,

Au lieu du Créateur choisit la créature.

Et, pour calmer sa soif qui renaissait toujours.

S'abîma dans les eaux de coupables amours.

Et je vis sa douleur s'épancher plus cruelle

Sur un adolescent qui souffrait auprès d'elle,

Gomme un saule incliné par les eaux de la nuit

Les répand à son tour sur la fleur qui languit.

Elle couvrait de pleurs cette tête adorée.

Triste et malheureux fruit d'une vie égarée.

On eût dit qu'insensible à son propre tourment,

Elle n'avait qu'en lui d'âme et de sentiment.

Et la voyant ainsi, le cœur le plus sévère

Eût pardojjné l'amante en faveur de la mère.

Mais, son front se relève et parait s'éclaircir,

Et j'entendis ces mots de ses lèvres sorth* :

iM LE DEBICKR JOm.

« Le ciel enfin m'est favorable»

Et voici mon jour triomphant.

Hais quoi ! de ce lieu misérable Sortirai-je sans mon enfant ?

Il faut qu'aussi tu lui pardonnes, Jésus dont la bonté m'a hii ; Car le bonheur que tu me donnes Serait-il un bonheur sans lui ?

S'il n'est pas, selon ta justice, Digne encor du souverain bien, Afin que son tourment finisse, Je recommencerai le mien.

Dans cette région de flamme, Ton Évangile nous instruit Que, par les souffrances d'une âme, On peut sauver celle d'autrui.

Toi, dont l'affiiction amère Se courbe aux pieds du crucifix ; Vierge, qui sais comme une mère Ressent les douleurs de son fils.

CHANT CINQDI&IIE. I'

Hélas ! du mien qui souffre encora Daigne intercéder le pardon 1 Quel est l'afQigé qui t'implore.

Et qui reste dans l'abandon T »

Elle dit. Du feu qui le noie Sort un jeune homme radieui..- La pauvre mère dans la joie N'alla pas seule dans les cieux.

:t mon esprit se dit : De la toute-puissance A colÈre est sans borne, ainsi que la clémence ; :'est un abîme double, et notre esprit ee perd lU sein des visions du (^i et de l'enfer, ïiur que l'&me de I^omme, aSn de rester sainte, Lccepte deux appuie, Tespérance et la crainte.

NOTES

9U OBABTT CIIffÇUlàKB

NOTE I-

Ce «ont les enfants morts sans les eaux du baptême, Coupables par nature et non par volonté; Leurs pères ont«n eux transmis Tiniquité.

( Page gz, vers 17, 18 et 19.)

« Nos catéchismes, dit monseigneur Térêque d*Hermopolis. en enseignant que ces enfants sont dans une éternelle séparation de Dieu, n't^outent pas qu*i1s y sont livrés aux flammes étemelles, ainsi que les incrédules aiment à le supposer. Le croie qui voudra; quant à moi, je ne le crois pas.

« Saint Augustin permet de penser que la damnation de ces enfants est telle, qu'ils aiment mieux exister que de ne pas exis^ ter; et c'est l'opinion que le plus grand nombre des docteurs des écoles catholiques a embrassée. » ( Conférences sur la religion, par M. Frayssinous.)

Nous avons prié un de nos amis, versé dans la science théologique, de nous faire connaître à cet égard le sentiment de ce grand saint Thomas, penseur gigantesque, dit M. de Monta-

NOTES DU CHANT CINQUIÈME. iOÂ

tembert^ en qui semblent se résumer tous les siècles de foi, et dont la grande synthèse n*a pu être égalée par aucune tentative postérieure. Or, après avoir lu les propositions suivantes, analyse fidèle de la doctrine de saint Thomas et de presque tous les docteurs catholiques du moyen âge, nous ne pouvons assez admirer Texquise bonne foi des philosophes qui se lamentent sur le sort de ces infortunés enfants, et appellent barbare avec tant de raison FÉglise, qulo«e les déclarer dignes des flammes étemelles t »

PBEHIËllfi PBOPOSITIOM DE SAINT THOMAS.

« L'homme, en son premier état d'innocence, n'était appelé h VimmortcUité sur la terre et i la fHsion divine dans le ciel, que par addition de grâce à sa nature, et non par une conséquence des principes de sa nature : cette addition de grâce, résultat d'une action surnaturelle de Dieu, formait ce qu'on appelle la justice primitive ou sainteté originelle. Qui ne comprend, dès lors, que c'était là un attribut purement accidentel, par conséquent amissible de l'humanité T »

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