CHANT NEUVIEME
Autour de ses degrés, une foule innombrable Courbait le front à terre et se frappait le sein, Au calice qu'un prêtre élevait dans sa main ; Et, faveur accordée à cette foi dernière, Le vase étincela d'un cercle de lumière ; Et le pontife alors se tourna vers les siens, Et, semblant s'affranchir des terrestres liens. Les bras tendus, sur eux fit tomber ces paroles : « Grâce te soit rendue, ô Christ, quand tu t'immoles ! Gr&ce te soit rendue, alors que mes enfants D'une si longue nuit deviennent triomphants.
Et lorsque ta foi sa,int6 en tous lieux se délabre. D'avoir au milieu d'eux porté son candélabre Quand des peuples grandis à sa sainte lueur Sont replongés vivants dans la nuit de l'erreur! Sous l'efficacité de la victime pure.
Dépouillez, mes enfants, toul reste de souillure. Que le chrétfen chez vous se complète : voilà Que le temps est à terme,^^ et Te Seigneur est là î C'est le dernier pardon qui descend sur la terre, Par le pouvoir transmis à mon saint ministère. Priez pour vous, pour moi : car, dans ces tristes jours, L'instrument du ciel même a besoin de secours. Si ma voix parmi vous apporta la lumière, Payeznmoi ce bienfait au prix de la prière.
Afin que, jusqu'au bout amenant son travail.
Le pasteur dans le ciel entre avec le bercail. Hélas! avant la fin de l'instant qui commence,
i74 LE DBWISa JOUfi.
Dieu peut-ètr6 aura clos Tëre de la clémence ! v Ainsi dit le pontife; et plus prof(Hidôment Le peuple s'inclina dans son recueilleinent.
Et resta si longtemps ployé dans la poussière, Que je l9 croyais mort au sein de la prière.
NOTES
DU CHAUT arsuvièssE
NOTE I"
Etilans ce triste exil vivrait insoucieux Bans un coupable oubli des délices des cicox.
(Pago 170, vers 24 et 25.)
Corneille 8*est placé souvent dans cet ordre dépensées rays-. tiques, en traduisant U plus beau livre qui soit sorti de la main de» hommes. Cette traduction de V Imitation de Jésus-Christ, que les immortels chefs-d^ceuvre du père de la tragédie en France ont trop fait oublier, pourrait donner lieu, ce nous semble , à des études littéraires et poétiques d*un grand intérêt. Nous avons cru, quant h nous, y retrouver, dans bien des pages pleines d*élévation et de douceur, Fauteur du sublime monologue de Polyeucte comparant la fragilité de la gloire humaine et des biens d'ici-bas avec Téternelle réalité des biens de Tautre vie.
176 LE DERNIER J(Hm.
La pensée que nous reproduisons ici est au foné des deoi stances suivantes :
Faut-il que cette Tie, en soi si misérable.
Ait toutefois un tel attrait.
Que le plus malheureux et le plus méprisable
Ne l'abandonne qu*à regret?
Que, s*il était au cboix de notre âme insensée
De languir toujours dans ces lieux, Nous traînerions nos maux sans aucune pensée
De régner Jamais dans les cieux.
Lâches, qui sur nos cœurs aux voluptés du monde
Soutnrons des progrés si puissants, Que rien n*y peut former d'impression profonde,
S'il ne flatte et charme nos sens.
(CoBNBiLLB, Imitation de Jésiu- Christ. )
NOTE II
Courbait le front à terre et se frappait le sein. Au calice qu'un prêtre élevait dans sa main.
(Page 173, vers 2 et 3.)
Ici, le poète, sous l'effroi que lui cause la ruine du monde, ne pouvait s'arrêter à décrire complaisamment tout ee qu'il y a de poétique dans les détails des cérémonies de la messe. Faire ressortir au contraire des flots de poésie 4es moindres détails du culte chrétien, était le but direct d\i chanlre du christiaDismc. Le lecteur retrouvera ici avec bonheur la description de la messe par M. de Gbâteaubriand.
« Supposons, dit-il, que la messe soit une cérémonie antique dont on trouve les prières et la description dans les jeux séculaires d'Horace, ou dans quelques tragédies grecques : comme nous ferions admirer ce dialogue qui ouvre le sacrifice chrétien!