LE VIEILLARD
Ainsi rhomme, toujours plein de ses ignorances. Tant qu'il n*a pas souffert ne croit point aux souffrances. Et dans ce triste exil vivrait insoucieux Dans un coupable oubli des délices des cieux t
CHAUT NEUVIÈIIE. 171
Bornant & nu-diemin sa divine carrière, U prendrait pour le jour cette p&le lumière ! La créature seule occuperait son cœur»..
Je suis prêt i chanter un hymne i la douleur. Mon Dieu ! voyant comment toute âme est aveuglée. Si des rêves déçus ne Tout point désolée.
Si ton bras généreux ne vient pas la meurtrir, Afin que sa grandeur s'offre à son souvenir!
Attachés ici-bas par des chaînes fleuries.
Je n'eusse point troublé vos douces rêveries. Mes enfants, si vos cœurs avaient reçu ce miel Ainsi qu^un avant^ût des extases du cid ; Hais, puisque vos regrets s'attachent & la terre. Que vos yeux, en partant,* regardent en arrière. Permettez que j'apprenne & vos amours navrés Que V0U3 auriez maudit tout ce que vous pleursz. De verdure et de fleurs d'abord luxuriante, La route où vous marchiez vous paraissait riante ; Mais vous l'auriez bientôt vue, hélas ! se flétrir, Et jusques au désert par degrés aboutir.
Et la satiété, dont la fôtide haleine Empoisonne le fond de toute chose humaine.
Fût venue, éveillant en vous d'autres désirs. Faire choir de vos mains la coupe des plaisirs ; Et'vous vous seriez vus, dans le chemin plus sombre. Courant après un vent et n'embrassant qu'une ombre. Semblables à deux nuits cherchant à s'éclaircir, A deux vides voulant l'un l'autre se remplir;
Et vos cœurs isolés dans leurs propres abîmes Se fussent adressé des blasphèmes intimes; Et leur déboire amer eût exécré le jour Où la parole humaine a fait croire à Tamour.
Oh ! tournez vos regards vers TiihmorteUe flamme Dont l'infini répond à celui de votre âme !
Je ne vous dirai pas quel sera ce bonheur :
Mais la Toute-Puissance en doit être Fauteur; L'inépuisable doit y donner sans mesure.
Ainsi donc que la soif du désir se rassure.
Et venez, mes enfants, au pied de son autel.
Perdre Tamour qui meurt dansTamour immorteL >
A ces mots, le vieillard se lève de son siège. Et, sortant des rameaux dont Fombre le protège. Avec le jeune couple, il indique à leurs yeux Des nuages d'encens qui montaient vers les cieux, Et du but odorant tous trois prenant la voie Arrivent, résignés et presque dans la joie.
Sur un sol hérissé de décombres des dieux Dont le culte jadis déshonora ces lieux.
De temples à demi cachés dans la poussière Et ceints par les cent bras de la ronce et du lierre. Sur ces honteux débris du mensonge abattu.
Comme un vainqueur qui tient un pied sur le vaincu. Un autel s'élevait au seul Dieu véritable.