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TRAVERSÉE

Depuis de longs jours et de longues nuits mon bâtiment -tait frète ; j'attendais dans le port un vent propice en compagnie de fidèles amis, qui m'aidaient à prendre patience et bon courage.

Pour eux, leur impatience était double : Nous te souhaitons un rapide voyage, une heureuse traversée ! Si l'abondance des biens t'attend la - bas dans un autre hémisphère, l'amour et l'estime te recevront dans nos bras au retour. —

Avec l'aube Commença le tumulte : le cri joyeux des ma-

telots nous arrache au sommeil ; tout s'agite, se meut, et se. prépare à partir au premier souffle favorable.

Les voiles s'épanouissent dans l'air, le soleil leurre de ses feux caressants; les voiles filent, les nuages filent dans le ciel, et, sur le rivage, les amis nous poursuivent de leurs chants d'espérance, imaginant, dans le vertige de leur ivresse, des joies de voyage semblables à celles de la matinée d'embarcation et des premières nuits étoilées.

Mais des vents variables, envoyés de Dieu, le détournent du chemin qu'il se propose; et, tandis qu'il parait se livrer à eux, il s'efforce de les combattre par la ruse, fidèle à son but, même alors qu'il marche de biais.

Cependant, du fond de l'horizon obscur, l'orage s'avance à pas de loup; il s'appesantit sur l'oiseau qui rase la vague, sur le cœur de l'homme qui suffoque. 11 éclate ! Devant sa colère inflexible le nautonnier prudent retire les voiles. Le vent et les flots se renvoient en jouant le ballon plein d'angoisses.

Et sur le rivage, là-bas, se tiennent, effrayés, ses amis et ses proches : Ah ! pourquoi n'est-il pas resté ici? Ah! la tempête ! Chassé loin du bonheur, devait-il donc périr ainsi? Ah! devait-il, pouvait-il! dieux!

Lui, pourtant, en homme qu'il est, se tient au gouvernail ; le vent et les flots peuvent jouer avec le navire, mais non avec son cœur ; il mesure d'un regard souverain 1'abime courroucé, et, qu'il échoue ou qu'il aborde, se confie a ses dieux !

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