‹ PoésiesChapitre 114 sur 225 · L'AIGLE ET LA COLOMBE · texte numérisé non relu

L'AIGLE ET LA COLOMBE

Un aiglon étendait ses ailes vers sa proie ; la flèche d'un chasseur l'atteignit et lui coupa le nerf de l'aile droite. 11 tombe alors dans un bois de myrtes et de roses , et dévore

f>8 ODES.

sa douleur trois jours durant, et palpite do souffrance trois

longues jniits durant. A la fin, le baume universel de la toute bienfaisante nature guérit sa plaie. Il se glisse hors de la feuillée et tend l'aile, mais, bêlas ! il ne peut plus voler: à grands efforts il s'élève à peine du sol, poussé par un besoin ignoble de butin, puis retombe, la tristesse dans rame, sur le bas rocher, près du ruisseau, et de la il regarde le chêne, il regarde le eiel, et une larme emplit son œil puissant.

Vient alors en roucoulant, a travers les brancbes du myrte, un couple folâtre de ramiers. 11 abat son vol el marche, et se rengorge sur le sable d'or du ruisseau. Voyez-les se rapprocher l'un de l'autre, leurs yeux rouueàtres, en coquetant, aperçoivent le pauvre morfondu. Le mâle, que sa curiosité apprivoise, vole au prochain buisson, et. d'un air plein de complaisance, lui jette un regard d'intérêt : « Tu gémis, lui dit-il, en faisant les yeux doux? ami, prends bon courage! Vas-tu pas tout ici poui une félicité paisible? ne peux-tu jouir du rameau dore, qui te protège contre les ardeurs du jour? ne peux-tu, sui ces doux tapis de mousse qui bordent le ruisseau, reposa la poitrine aux rayons du soleil couchant? Tu marches a travers la fraîche rosée des iîeurs; tu te eueilb-s, dans l'exubérance du bois, une facile nourriture; tu apaises ta soif légère a la source argentée. — Ami, le vrai bonheur est la modération. La modération trouve partout asile. — 0 sage! reprit l'aigle: et, soucieux, il rentre en lui-même. — Sagesse ! tu parles comme une eolombe !

PROMÉTHÊE

Couvre ton ciel , ô Zeus ! des vapeurs des nuages, el semblable a l'enfant qui abat les tètes des chardons . exer

ce-toi contre les chênes et les montagnes. Il faudra bien cependant que tu me laisses ma terre , a moi , et ma hutte que tu n'as point bâtie , et mon foyer dont tu m'envies la flamme.

Je ne sais rien sous le soleil de plus misérable que vous autres dieux ! Votre majesté se nourrit péniblement d'offrandes, de victimes, de fumée, de prières, et dépérirait s'il n'y avait là des enfants et des mendiants, pauvres fous qui se bercent d'espérances !

Quand j'étais enfant, que je ne savais que devenir, je tournais mon œil égaré vers le soleil , comme s'il y avait eu par-derrière une oreille pour entendre ma plainte, un cœur comme le mien pour prendre en pitié les opprimés.

Qui m'est venu en aide contre l'arrogance des Titans? Qui m'a sauve de la mort, de l'esclavage? N'as-tu pas tout accompli toi-même , 6 cœur saintement embrasé ! et , dupe que tu étais, ne brûlais-tu pas d'un jeune et naïf sentiment de reconnaissance pour le dormeur de là-haut ?

Moi t'adorer, et pourquoi? As-tu jamais adouci les douleurs de l'opprime? as-tu jamais essuyé les larmes de celui qui souffre ? L'éternité toute-puissante et l'éternel destin , mes maîtres et les tiens, ne m'ont-ils pas forgé homme?

Croirais-tu par hasard que je doive haïr la vie et fuir au désert, parce que toutes les fleurs de mes rêves n'ont pas donné?

Ici je teste a fabriquer des hommes à mon image, une race qui me ressemble pour souffrir et pleurer, et te dédaigner , toi , commme je fais !

(xAXYMÈDE.

Comme dans l'éclat du matin tu m'inondes de les ardeurs, printemps, ohien-aimë! Mille voluptés ineffables

s'éveillent dans mon cœur, ou pénètre le sentiment saeré

de ton éternelle chaleur, beau infini !

Oh ! si je pouvais te saisir dans ces bras !

Oh ! sur ton sein je m'étends, je languis ! et tes Heurs, ton gazon se pressent sur mon cœur. Tu apaises la soif ardente de ma poitrine, douée brise du matin î Tu m'apportes la voix du rossignol en amour, qui m'appelle du sein du nébuleux vallon. J'y vais, j'y vais! ou doue vais-je? où vais-je ?

Là-haut ! là-haut j'aspire ! Les nuages flottent , il descendent , les nuages s'inclinent vers l'amour haletant. A moi ! a moi ! dans votre sein partons! enlaçant, enlace! làhaut ! vers ton sein, Père de l'amour universel !

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