‹ PoésiesChapitre 117 sur 225 · LE PARC DE LILI · texte numérisé non relu

LE PARC DE LILI

Il n'est pourtant point de ménagerie si variée que celle de ma Lili ! elle y possède les plus singuliers animaux, et les y attrape sans savoir elle-même comment. Oh ! comme ils sautent, tournent, trépignent; comme ils se trémoussent des ailes, les pauvres princes tous ensemble, dans un tourment d'amour inextinguible!

Et comment s'appelait la fée? — Lili. — Gardez-vous d'en vouloir apprendre davantage ! si vous ne la connaissez pas, rendez-en grâces à Dieu.

Quel gazouillement, quel caquetage, lorsqu'elle se montre sur la porte en tenant la corbeille au grain ! quelle criaillerie, quel glapissement ! arbres et buissons semblent vivre, de vrais troupeaux s'élancent a ses pieds; il n'y a pas jusqu'aux poissons du bassin qui , dans leur impatience , ne frétillent, la tète hors de l'eau. Elle, cependant, distribue le grain avec un regard — a ensorceler les dieux, je ne parle pas des bètes. Alors c'est un picotage, une gloutonnerie, un becquetage! Ils montent sur le dos les uns des autres; ils se poussent, se pressent, se disputent, se chassent, se harcellent , se mordent , et tout cela pour .une miette de pain, sec qui dans ses belles mains semble avoir pris le goût de l'ambroisie.

Et son regard! Et le ton dont elle dit : Pipi, pipi, attirerait l'aigle du trône de Jupiter; et les douces colombes de Vénus, et le paon superbe lui-même, ils viendraient,

je le jure, s'ils pouvaient seulement entendre son accent. Car je sais un ours mal appris, mal léché, qu'elle a fait sortir de la nuit du bois, pour l'amener sous sa férule et l'apprivoiser avec les autres , jusqu'à un certain point , s'entend. Qu'elle était belle! et combien, hélas! elle paraissait bonne! j'aurais donné mon sang pour arroser ses fleurs.

« Je, dites-vous? qui? qu'est-ce? » Eh ! oui ! Messieurs, c'est moi qui suis cet ours pris dans les mailles d'un filet, retenu a ses pieds par un fil de soie. Mais comment la chose s'est passée , je vous le conterai une autre fois ; pour aujourd'hui je suis trop furieux.

Je reste ici à bouder dans mon coin, et j'entends de loin le caquetage, je les vois voleter et se trémousser; je me retourne et je grogne; j'avance de quelques pas, je me retourne encore, et je grogne ; je veux reprendre ma marche, et finis toujours par me retourner.

Alors la colère m'emporte, une rage puissante me monte au nez, ma nature redevient sauvage. Fou que tu es ! nigaud! tu me fais pitié ! Un petit écureuil bon à ronger des noisettes! Je redresse ma nuque hérissée, inaccoutumée a l'esclavage. Chaque petit arbre me raille ! je fuis le boulingrin, la jolie pelouse nettement rasée; le hêtre me montre un pied de nez, je m'élance au plus épais du bois, je veux traverser le parc et sauter les palissades! mais voila qu'il ne m'est plus possible de sauter ni de grimper, un charme inconnu me retient ; un charme incounu me cloue à la terre, je me demene tellement, que je tombe épuisé au bord de cascades artificielles; je me ronge et pleure, et me roule à moitié mort. Hélas ! et des Oréades de porcelaine entendent seules mon désespoir.

Tout a coup un sentiment de volupté me pénètre dans tous les membres, c'est elle qui, là-bas, chante dans son feuillage ! J'entends sa voix, sa voix chérie ! l'air en devient tiède, embaume. Ah! chante-t-elle si bien que je doive

l'écouter? Je m'élance, foulant sous mes pas herbes et leurs. Le buisson fuit, les arbres s'éloignent, et — l'animal git à ses pieds.

Elle alors : « Un monstre ! assez plaisant, toutefois; pour un ours, trop doux! pour un chien, trop farouche! si velu, si lourd, si grossier! » Elle lui caresse le dos du bout de son petit pied. Il se croit au paradis. Comme ses sept sens lui démangent! Elle pourtant le regarde avec calme. Je baise ses souliers ; je les dévore aussi décemment qu'un ours peut le faire. Peu à peu je me relève et me glisse à la dérobée, tout doucement à ses genoux. Aux bons jours, elle me laisse faire, me gratte les oreilles, et m'administre un bon soufflet en signe de bienveillance. Je grogne de volupté, me sentant renaître. Puis, en me commandant d'un ton doux et frivole : «Allons, tout doux! Eh! la menotte, et faites serviteur, comme un joli seigneur. » Et de la sorte elle continue en jouant, en riant. L'animal si souvent déçu espère encore, et s'il lui arrive de vouloir de nouveau faire le méchant , elle le tient de court comme devant.

Elle possède aussi dans un petit flacon un baume de flamme, auquel nul miel de la terre ne saurait se comparer. Touchée de tant d'amour et de constance, elle en frotte parfois du bout du doigt une petite goutte aux lèvres déchirées de son monstre, puis s'enfuit, et me laisse a moimême, et libre je me sens plus captif que jamais, je me traîne après elle; je la cherche, j'hésite, et je fuis de nouveau. Ainsi, dès qu'elle rend à son indépendance le malheureux ravagé, joie et peines s'en vont. Ah! que de fois elle m'a laissé la porte entr' ouverte, regardant du coin de l'oeil, en souriant, si je ne fuirais pas.

Et moi ! — Dieux ! est-il en votre puissance de mettre fin à cet enchantement; que de reconnaissance je vous aurais de me rendre ma liberté! IN'importe, ne m'envoyez point d'aide : Non , ce n'est point en vain que je remue

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ainsi mes membres! je le sens! je le jure! des forces m<

restent encore.

LES Ml SAGÈTES.

Dans les sombres nuits d'hiver, j'ai dit souvent aux douees -Muses : Puisque nulle aurore ne brille et que nul jour ne doit se lever, apportez-moi a l'heure due la chaste lumière de votre lampe pour qu'à défaut de l'autre et de Phœbus elle éclaire mon zèle silencieux ! Mais elles me laissèrent plongé dans un sommeil épais et éternel , et des jours perdus succédèrent a de tardives matinées.

Sitôt que le printemps s'emut, je dis aux rossignols : (^hers rossignols, fredonnez de bonne heure, oh î de bonne heure , devant ma croisée ; eveillez-moi de ce sommeil, profond qui s'empare du jeune homme. Mais les chanteurs, ivres d'amour, déployaient la nuit devant ma croisée leurs douces mélodies , tenaient leur chère àme éveillée , et tiraient de leur sein nouvellement ému de nouveaux et tendres désirs. Et la nuit s*ecoulait ainsi , et l'aurore me trouvait endormi : a peine si le soleil m'éveillait.

A la fin est venu l'été, et maintenant, des le premier rayon de l'aube, la mouche empressée et matinale m'arrache au doux repos. J'ai beau, a moitié éveillé, la chasser mille fois avec impatience, elle revient toujours impitoyablement, appelle ses sœurs effrontées, et fait si bien, que le sommeil doit fuir de mes paupières. Je saute de mon lit brusquement, je vais chercher les Muses bien-aimées, et je les trouve au bois de hêtres, souriantes et disposées a me recevoir. Et c'est ainsi qu'a ces fâcheux insectes je dois plus d'une heurt1 d'or. Soyez donc . importuns visiteurs, plus estimes du poète que les véritables musagètes.

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