IMPATIENCE
Toujours a travers l'étendue, au delà des pays, vers la mer, vous recommencez à flotter ça et là sur le rivage, fantaisies ! Epreuve incessamment nouvelle , le cœur est toujours inquiet : les douleurs sont l'aliment de la jeunesse, les larmes l'hymne bienheureux.
PO KSI ES Dl YEUSES. 1 2o
Dornburg, septembre 1828.
Au matin si le vallon, la montagne et le jardin sortent d'un voile de- brouillard, et si les calices des fleurs s'emplissent à tes yeux pour la plus amoureuse attente ;
Lorsque l'éther chargé de vapeurs lutte avec le jour lumineux, et que le vent d'ouest, qui les balaie, prépare au soleil sa route azurée ;
Alors, si en t' enivrant de ce spectacle, tu rends grâce a la douce et illustre dame, le soleil de pourpre à son déclin inondera l'horizon d'un flot d'or.
Et si le jour une vague ardeur m'attire vers les lointains azurés des montagnes, si la nuit, les magnificences de ces myriades d'étoiles brillent sur ma tète,
Tous les jours et toutes les nuits je célèbre le sort de l'homme, éternellement beau et grand, s'il maintient sa pensée dans le juste.
Le souvenir du bien nous garde le cœur en joie. Le souvenir du beau est le salut des fils de la terre. Le souvenir de l'amour, ce serait heureux s'il pouvait survivre !
Le souvenir d* Elle reste ce que je sais de mieux !
Que je suis donc dispos aujourd'hui, je me trouve si gai. si calme, lorsqiren mon sang déjeune garçon tout était si farouche, si trouble! Et pourtant Jiujourd'hui que les ans
me pincent, quel que soit mon contentement, je pense à ces belles joues rouges, et je les regrette.
Quand j'étais un jeune compère, joyeux et bon garçon,
les peintres ne \oulaient point de ma figure, ils la trou- \ aient trop nulle, ee qui me valait alors les sympathies et le cœur de maint bel enfant.
Aujourd'hui me voila dans mon fauteuil, vieux maître. Quand je passe dans les rues, tous m'appellent, et l'on peut m' avoir, comme le vieux Fritz, sur la tète des pipes et sur les tasses. Mais les beaux enfants n'y sont plus. 0 rêve de jeunesse! étoile d'or!