‹ PoésiesChapitre 150 sur 225 · CHANT MATINAL DE L'ARTISTE · texte numérisé non relu

CHANT MATINAL DE L'ARTISTE

Un temple vous est consacre a vous, nobles Muses! et le sanctuaire en est ici dans mon cœur.

Des que le soleil du matin m'éveille , dispos et réjoui , je cherche autour de moi et vous vois, filles immortelles,

IÔG POESIES DIVERSES.

rangées en cercle dans la lumière sacrée du jour nouveau. Je prie, et ma prière n'est qu'une hymne de louanges, que des harpes joyeuses accompagnent.

Je m'avance a l'autel, et lis, selon qu'il convient, mes actes de dévotion dans la liturgie d'Homère.

Et lorsqu'il m' entraine au milieu du tumulte de ses lions de guerre, et me montre les fils des dieux enflammés par la vengeance, poussant leurs chars les uns contre les autres ;

— Le coursier s'abat devant le char, amis et ennemis se confondent dans la mêlée et le carnage; armé de son glaive qui flamboie

Le fds des héros entasse morts sur morts jusqu'à ce que réprimé lui-même par une main divine , il tombe sur le bûcher qu'il s'était élevé a lui-même, et livre ainsi son noble corps aux injures des ennemis qui le mutilent. —

Alors vaillamment je m'élance à l'œuvre; le charbon me devient un glaive et ma haute muraille se change en un champ de combat.

En avant ! en avant! On entend rugir la haine farouche des ennemis , et boucherie contre boucherie, le glaive sur le casque, et parmi les mourants, la Mort.

Je fends la presse, en avant! en avant! Ses vaillants amis combattent autour de lui, plus vaillants encore dans leur rage éplorée.

Ah! sauvez ! combattez ! sauvez-le! portez-le dans le camp ; épanchez le baume sur le cadavre et les larmes, honneur des morts!

Et quand je me retourne, tu te trouves là pour me recevoir, toi, ma maitresse chérie, hélas! seulement en image, mais en image encore si palpitante !

Oh ! comme tu reposais auprès de moi , et me dévorais de désirs, comme alors de mes yeux a mon cœur se glissait l'envie de saisir mon crayon !

Comme je me repaissais alors de tes yeux, de tes joues, de ta bouche! je sentais en mon sein la jeunesse d'un dieu !

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Oh ! reviens te fixer dans mes bras , et désormais plus, non, plus de batailles, toi seule dans mes bras!

Et tu me seras, ô bien-aimée ! un idéal universel; tu seras la Madone qui tient sur son sein son nourrisson divin î

Dans le fourré du bois je veux te saisir, svelte nymphe, oh î n'échappe pas à ma rude poitrine , ne fuis pas mon oreille de faune !

Et je veux, Mars puissant, me coucher à tes pieds, ô déesse d'amour, tendre autour de nous un filet, et crier à l'olympe :

Vienne lequel des dieux voudra pour envier notre bonheur, et la jalousie grotesque, elle aussi, peut venir, enchaînée au pied du lit.

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