‹ PoésiesChapitre 194 sur 225 · LE SECOND · texte numérisé non relu

LE SECOND

Nous \ errons bien!

i\r premier «cul se défendre, l'autre lui porle nu coop, k renv< prend mie ehèvre «M s'enfuir

phométhii;. 288

le pjrem1er.

A la violence! malheur] malheur!

PROMÉTHEE survient.

Qu'y a-t-il?

l'homme.

Il me vole ma chèvre! — Le sang ruisselle de mon front. — Il m'a terrassé contre cette pierre.

PROMÉTHEE.

Arrache de cet arbre cette excroissance spongieuse, et applique— la sur ta blessure.

l'homme.

Ainsi. — Père chéri ! déjà la douleur est apaisée.

PROMÉTHEE.

Va , et lave ton visage.

l'homme.

Et ma chèvre?

PROMÉTHEE.

Laisse-le! si sa main s'est levée contre quelqu'un, quelqu'un lèvera la sienne contre lui.

L'homme s'éloigne.

Non , vous n'êtes pas dégénères, mes enfants! Vous êtes laborieux et paresseux, féroces et doux , généreux et avares ; vous ressemblez à tous vos frères du destin, et ressemble/ aux animaux comme aux dieux.

284 PROMETHEE.

PANDORE survient PROMÉTHÉE.

Qu as-tu ma fille? pourquoi cette émotion?

PANDORE

Mon père ! ah ! ce que j'ai vu , mon père, ce que j'ai senti !

PROMÉTHÉE

Parle.

PANDORE

Ma pauvre Mira!....

PROMETHEE.

Que luiarrive-t-il?

PANDORE

Des sensations sans nom ! Elle s'acheminait vers ce petit bois où nous allions ensemble cueillir des couronnes de fleurs; je la suivis , et comme je descendais de la colline , je la vis, elle, dans la vallée, étendue sur un lit de gazon. Par bonheur Acbar s'était trouvé par là dans le bois ; il la tenait fortement enlacée dans ses bras, de peur qu'elle ne tombât; puis, tout a coup, ah ! voila qu'il tombe avec elle. Sa belle tète tombe, il la couvre de baisers, et se suspend à ses lèvres comme pour aspirer son âme. L'angoisse me saisit; je m'élance et crie : ma voix lui rend les sens. Acbar la laisse : d'un bond elle se levé et me tombe autour du cou , les yeux à demi voiles. Son sein battait à se briser, sa joue brûlait, sa lèvre était de feu, et des larmes sans nombre ruisselaient de ses yeux. Je sentis de nouveau ses genoux chanceler; je la retins, ô mon père! et ses baisers, cette Homme, ont verse dans mes veines un tel sentiment in-

PROMÉTHÉE. !>8Ô

connu, que, troublée, émue et tout en larmes, enfin je la laissai , elle, et le champ et le bois. — Maintenant parle, mon père : qu'est-ce tout cela qui nous épouvante, elle et moi?

La mort

PROMETHEE.

PANDORE

Qu'est-ce?

PROMÉTHÉE

Ma fille, tu as goûté plus d'une joie.

PANDORE

Mille ! et c'est à toi que je les dois toutes.

PROMÉTHÉE

Pandore, ton sein battait à rencontre du soleil levant , à rencontre de la lune errante ; et dans les baisers de tes compagnes tu goûtais une ivresse pure entre toutes !

PANDORE

Indicible !

PROMÉTHÉE

Qu'est-ce qui , dans la danse , soulevait lestement ton corps du sol?

PANDORE

La joie! Tous mes membres s'agitaient, frémissaient aux atteintes du chant des instruments , et je me noyais dans les flots de la mélodie.

PROMÉTHÉE

Et tout a fini par se résoudre dans le sommeil , joie aussi

28G PfiOMÉTHÉE,

bien que douleur ! Tu as senti la tlamme du soleil , l'ardeur de la soif, la fatigue de tes genoux; tu as pleuré sur ta brebis perdue; tu as soupire , tu as tremblé avant que je ne te guérisse, lorsqu'en parcourant le bois tu t'enfonças

une épine dans le talon.

PANDORE

0 mon père! il y a bien des joies dans la vie , bien des maux !

PROMETHEE.

Et tu sens a ton cœur qu'il existe encore des joies nombreuses, de nombreuses douleurs que tu ne connais pas'.

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