ACTE TROISIEME
PROMÉTHÉE , dans son atelier
Couvre ton ciel, ô Zeus! des vapeurs des nuages, et, semblable à l'enfant qui abat les tètes des chardons, exerce-toi contre les chênes et les montagnes. II faudra bien cependant que tu me laisses ma terre, à moi , et ma hutte que tu n'as point bâtie, et mon foyer do«t tu m'envies la flamme.
Je ne sais rien sous le soleil de plus misérable que vous autres dieux! Votre majesté se nourrit péniblement d'offrandes, de victimes, de fumée, de prières, et dépérirait s'il n'y avait là des enfants et des mendiants , pauvres fous qui se bercent d'espérances'
1>88 PBOMETHEE.
Quand jetais entant, que je ne savais que devenir, je tournais mon œil égaré vers le soleil , comme s'il y avait eu par-derrière une oreille pour entendre ma plainte, un cœur comme le mien pour prendre en pitié les opprimés !
Qui m'est venu en aide contre l'arrogance des Titans? Qui m'a sauvé de la mort, de l'esclavage? N'as-tu pas tout accompli toi-même, ô cœur saintement embrasé! et, dupe que tu étais, ne brûlais-tu pas d'un jeune et naïf sentiment de reconnaissance pour le dormeur de la-haut?
Moi t' adorer! et pourquoi? As-tu jamais adouci les douleurs de l'opprimé? as-tu jamais essuyé les larmes de celui qui souffre? L'éternité toute-puissante et l'éternel destin , mes maîtres et les tiens , ne m'ont-ils pas forgé homme ?
Croirais-tu, par hasard, que je dusse haïr la vie et fuir au désert , parce que toutes les fleurs de mes rêves n'ont pas donné?
Ici je reste à fabriquer des hommes a mon image , une race qui me ressemble pour souffrir et pleurer, et te dédaigner, toi , comme je fais î