LE VOYAGEUR ET LA FERMIÈRE, LUI
Peux-tu, belle fermière sans égale, sous l'ombre épaisse
f>8 BALLADES.
de ces tilleuls où moi, voyageur, je goûte un court repos, peux-tu m'offrir de quoi apaiser ma soif et ma faim?
ELLE
Si tu veux, voyageur, te rafraîchir iei : du fromage, du pain et des fruits murs, rien que les mets les plus naturels, tu peux abondamment les avoir à leur source.
Je ne sais, mais il me semble te connaître déjà, ornement inoublié des jours heureux ! J'ai trouvé maintes fois des ressemblances; celle-ci cependant me parait un prodige !
ELLE
On rencontre souvent chez, les voyageurs de ces étonnements qui s'expliquent très-bien sans prodige. Oui, la blonde même souvent ressemble à la brune; le charme de l'une est le charme des autres.
LUI
Non, vraiment, aujourd'hui, ce n'est pas la première fois que cette figure m'enchante ! elle était en ce temps le soleil des soleils, dans la salle parée pour la fête.
ELLE
Et si c'est ton plaisir, il se peut faire qu'on achevé ton conte bleu : la soie pourprée coulait de sa taille, lorsque tu la vis pour la première fois !
lui.
Non, sur ma foi! tu ne l'as pas invente; des esprits te l' auraient-ils révélé? Tu sais aussi quelque chose de ses joyaux et de ses perles que son regard annihilait
ELLE
Cela seul me fut confié : que la belle, timide et n'osant s'avouer, avait, dans l'espoir de te revoir, bâti maints châteaux en l'air.
LUI
Cependant tous les vents me ballottèrent çà et là; je cherchai la gloire et l'argent de toute manière. Heureux pourtant au terme du chemin de retrouver cette noble image!
ELLE
Non son image, mais bien elle, la noble fille d'un sang dépossédé. Hélène et son frère ont pris à ferme les biens abandonnés, et contents, vivent là désormais.