‹ Poesies: L'AveugleChapitre 3 sur 4 · DANS LA PRISON DE GENÈVE · texte numérisé non relu

DANS LA PRISON DE GENÈVE

Dors-tu (dit-il), fils de l'homme inconnu? erres-tu loin de ton crime? as-tu mordu, pour n'y pas revenir, à la douce fleur da lotus?

Dors-tu? Oh ! tu es déjà loin dans le sommeil obscur; ta pensée foule un sol sans écho et des chemins sans remords.

Tu ne m'entends pas ? Je me penche au-dessus de ta tête, je frappe à ton cœur taciturne, vide. Sais-tu qui t'appelle, sais-tu qui te réveille ?

Ecoute-moi : je suis ton père Vlnconmt.

C'est peut-être moi qui ai tué, moi, non vu, oui, moi, qui pleure au chevet de ton lit et qui parle dans ton cachot muet.

Pleurons ensemble. M'entends-tu? tu étais un réprouvé, un solitaire dans le dur chemin : tu allais, sans pain et sans toit, et sans nom; tu ne t'aperçus de la loi que par les chaînes, et ta patrie t'ordonna : « Va-t'en !»

Ta mère aussi te dit : « Va ! » Eh bien ?

Autrefois tu étais (joie suprême) tu étais innocent ! tu pouvais dire en tendant tes bras : « Vous êtes mauvais, je suis bon, vous « avez tout et moi je n'ai rien ! Parce que je le souffre, je connais le « mal, non parce que je le fais, et je ne veux pas qu'il reste dans mon « cœur trace de votre mal... »

Quel trésor de pleurs non essuyés et non vus, de superbes pleurs, tu as, avec volupté gâché ! \

Tu as renié cette sainte douleur qui t'avait suivie par tant de chemins et qui, enfin, se serait aussi endormie à tes côtés!

Tu as déserté de tes malheurs. Tu as voulu être tyran et coupable : tu l'as arraché à quelque hache royale \

le fer de ton poignard plébéien. \

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