‹ Poésies légèresChapitre 111 sur 132 · ALCIBIADE, ASPASIE · texte numérisé non relu

ALCIBIADE, ASPASIE

ASPASIE

Vous espérez en vain que l'or le persuade.

Ce portrait â mes vœux depuis long-temps promis ,

Jamais , mon cher Alcibiade , Ne sera terminé de la main de Zeuxis ;

Il a juré de venger son injure ; Rien ne pourra calmer son lier ressentiment.

ALCIBIADE

La colère et l'amour sont sujets au parjure î Le peintre d'Héraclée oubliera son serment En oubliant la maîtresse Que j'ai ravie à sa tendresse.

ASPASIE , fièrement.

Et cela s'oublie aisément ?

ALCIBIADE, auec une tendresse un peu ironique.

Ce n'est pas auprès d'Aspasie Qu'il est permis d'être inconstant ; On doit l'aimer toute la vie , Quand on l'a vue un seul instant ; Peut-il jamais être inûdèle , L'araanl heureux de la beauté

Qu'Athènes cite pour modèle De la fidélité ?

ASPAsiE , riant.

Mon éloge est aussi le vôtre , Et votre modestie en vaiu veut le nier ;

Pour la constance émule l'un de l'autre

Nos cœurs n'ont rien à s^envier.

( Allant i:ers le tableau. )

Dans cette ébauche immortelle Que de feu, de vérité!

Pourquoi faut-il qu'une froide querelle , D'un portrait si beau , si fidèle , Prive l'amour et la postérité ?

ALCIBIADE

Us l'obtiendront.

ASPASIB.

DeZeuxis ?

ALCIBIADE

De lui-même.

ASPASIE

N'y comptez pas.

ALCIBIADE

Dans peu de jours.

ASPASIE

Jamais.

Sachez qu'en sa fureur extrême Il abandonne Athène.

ALCIBIADE

Il est dans mon palais j Depuis long-temps à ma prière Il opposait un vain effort , On ne peut long-temps se soustraire A la volonté du plus fort.

Je l'ai fait enlever; il est en ma puissance»

Page 1