ALCIBIADE, ASPASIE
ASPASIE
Vous espérez en vain que l'or le persuade.
Ce portrait â mes vœux depuis long-temps promis ,
Jamais , mon cher Alcibiade , Ne sera terminé de la main de Zeuxis ;
Il a juré de venger son injure ; Rien ne pourra calmer son lier ressentiment.
ALCIBIADE
La colère et l'amour sont sujets au parjure î Le peintre d'Héraclée oubliera son serment En oubliant la maîtresse Que j'ai ravie à sa tendresse.
ASPASIE , fièrement.
Et cela s'oublie aisément ?
ALCIBIADE, auec une tendresse un peu ironique.
Ce n'est pas auprès d'Aspasie Qu'il est permis d'être inconstant ; On doit l'aimer toute la vie , Quand on l'a vue un seul instant ; Peut-il jamais être inûdèle , L'araanl heureux de la beauté
Qu'Athènes cite pour modèle De la fidélité ?
ASPAsiE , riant.
Mon éloge est aussi le vôtre , Et votre modestie en vaiu veut le nier ;
Pour la constance émule l'un de l'autre
Nos cœurs n'ont rien à s^envier.
( Allant i:ers le tableau. )
Dans cette ébauche immortelle Que de feu, de vérité!
Pourquoi faut-il qu'une froide querelle , D'un portrait si beau , si fidèle , Prive l'amour et la postérité ?
ALCIBIADE
Us l'obtiendront.
ASPASIB.
DeZeuxis ?
ALCIBIADE
De lui-même.
ASPASIE
N'y comptez pas.
ALCIBIADE
Dans peu de jours.
ASPASIE
Jamais.
Sachez qu'en sa fureur extrême Il abandonne Athène.
ALCIBIADE
Il est dans mon palais j Depuis long-temps à ma prière Il opposait un vain effort , On ne peut long-temps se soustraire A la volonté du plus fort.
Je l'ai fait enlever; il est en ma puissance»