‹ Poésies légèresChapitre 16 sur 132 · LA BONNE VIEILLE · texte numérisé non relu

LA BONNE VIEILLE

Vous vieillirez , ô ma belle maîtresse ! Vous vieillirez , et je ne serai plus.

Pour moi le temps semble, dans sa vitesse, Compter deux fois les jours que j'ai perdus. Survivez-moi; mais que Tàge pénible Vous trouve encor fidèle à mes leçons; Et bonne vieille , au coin d'un feu paisible , De votre ami répétez les chansons.

Lorsque les yeux chercheront sous vos rides Le traits charmants qui m'auront inspiré , Des doux récits les jeunes gens avides Diront : Quel fut cet ami tant pleuré ?

De mon amour peignez , s'il est possible , L'ardeur, l'ivresse, et aièoieles soupçons; • Et bonne vieille , au coin d'un feu paisible , De votre ami répétez les chansons.

On TOUS dira : Savait -il être aimable? Et sans rougir, vous direz : Je l'aimais. D'un trait méchant se montra-t-il coupable? Avec orgueil , vous répondrez : Jamais, Ah ! dites bien qu'amoureux et sensible. D'un luth joyeux il attendrit les sons ; Et bonue vieille , au coin d'un feu paisible , De votre ami répétez les chansons.

Vous que j'appris à pleurer sur la France , Dites surtout aux fils des nouveaux preux , Que j'ai chanté la gloire et l'espérance Pour consoler mon pays malheureux.

Bappelez-leur que l'aquilon terrible De nos lauriers a détruit vingt moissons ; Et bonue vieille , au coin d'un feu paisible , De votre ami répétez les chansons.

Objet chéri, quand mon renom futile De vos vieux ans charmera les douleurs ; A mon portrait, quand votre main débile, Chaque printemps, suspendra quelques fleurs ; Levez les yeux vers ce monde invisible Où pour toujours nous nous réunissons; Et bonne vieille , au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

La chanson de boudoir appartient au genre e'rotique ; on y peint en habit de cour Pamour libertin du grand monde ; et le jargon sentimental qu'on y emploie n'est que la parure inde'cente des nudite's qu'il feint de couvrir. Collé est le père de la chanson de boudoir , dont je ne trouve

ESSAI SUR LA. TOÉSIE LÉGÈRE. 5l

pourtant que deux exemples dans le recueil complet de ses chansons qu'on a bien fait de publier en 1807. ^^ donne la préférence a la complainte cVune femme à sentiment sur V arrangement d'une daine de cour , par la seule raison que la première appartient plus particulièrement a l'espèce.

Air : Démon berger volage.,

Daus le siècle où nous sommes .

Qu'on aime faiblement !

L'on ne peut chez les hommes Trouver de sentiment; Tircis n'est point volage , Mais son cœur est usé ; Se peut-il qu'à son âge Un cœur soit épuisé?

Tu jures que tu m'aimes ; Mais c'est si froidement!

Tircis , tes serments mêmes Redoublent mon tourment.

Laisse le vain langage Des serments superflus ; Aime-moi davantage, Etna le jure plus.

Quels destins sont les nôtres !

Pourquoi suis-tu mes pas ?

Tu n'en aimes point d'autres , Mais tu ne lii'aimespas.

Quand ton cœur léthargique N'est plus sensible à rien, Ingrat , ce qui me pique C'est que je sens le mien.

Sa ESSAI SUR LA TOÉSIE LÉGÈRE.

Comment ! rien ne ranime Tes désirs languissants !..^.

Ce n'est pas que j'estime Les vains plaisirs des sens; Mais que ton cœur s'enflamme Du moins par les transports!.,..

£h quoi! même ton ame A perdu ses ressorts I

Entre plusieurs chansons de ce genre , où M. de Longchamps me paraît avoir surpassé Collé , je citerai.

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