LE DÉPART
ROMAKCE.
Il faut partir j adien , ma Laurc;
Adieu , mes amis les plus chers;
Demain nous serons , dès l'aurore ,
Séparés par les yasies mers.
Mon cœur se gonfle et se déchire ,
Chaque instant accroît mes regrets ;
Sans expirer pourrai-je dire
Cest mots : adieu, c'est pour jamais!
Le ciel l'ordonne, j'irai vivre Perdu dans un autre univers î Sans un seul ami pour me suivre, Et parler de ceux que je perds. Parents chéris , fidèle amie , Pour moi ne sont pas moins perdus Que si j'eusse quitté la vie.... ; Et j'aurai les regrets de plus.
J'observe tout ce que je laissé Avec d'autres yeux qu'autrefois ; Tout m'attache , tout m'intéresse :
Je tiens à tout ce que je vois.
De mes chagrins l'ame oppressée , Je parle à tout de mes douleurs j Et je prête à tout la pensée Pour que tout réponde à mes pleurs.
Ces fleurs que j'arrosais moi-même Ijoin de mes yeux vont se flétrir i
Fidèle au bon maître qu'il aime, Mon chien peut-être va mourir.
Sensibles à mon infortune , Mes amis d'abord me plaindront.
Puis chassant l'idée importune , Avant ma mort ils m'oublieront.
Et toi qui doublais mon ivresse , En doublant à mon œil charmé Tous les attraits de ma maîtresse Dans les bras de son bien-aimé , Glace , ton cristal infidèle Va sourire à d'autres objets j Et peut-être es-tu le modèle De celle que je che'rissais.
M. de Béranger n'a point fait de romance proprement dite; il a élevé ce genre de chansons, comme tous les autres , a la hauteur de son talent ; le sentiment patriotique qui le domine s'exhale avec le même charme , soit qu'il chante ses plaisirs, ses espérances, ou ses regrets : quelle romance ancienne ou moderne, française ou étrangère, pourrait-on comparer à celle-ci?