LA MARCHANDE D'AMOURS
Air : du vaudei^ille de Jean Monnet^
A la gentille oiselière Chacun peut avoir recours \ On trouve dans ma volière Un assortiment d'amours ,
Doux, rusés ,
Frais , usés , Pour tous les goûts , tous les âges ;- J'en ai très-peu de sauvages , Et beaucoup d'apprivoisés.
Voici la petite espèce Que nous prenons au miroir ; C'est une grâce, une adresse, Tout le monde en veut avoir;
Inconstant
Et partant, Dans le commerce commode , C'est un amour à la mode, On s'en défait à l'instant.
Églé dit à la marchande.
Quel est ce marmot si vain ?
— C'est un amour de commande Pour le faubourg Saint -Germain^
— Et plus loin^
Dans ce coin Cet autre que je vous montre ?
go POESIES LEGERES.
— C'est un amour de rencontre Qu'on peut louer au besoin.
Celui-ci parait farouche , Dit Laurette : il me convient.
Son doigt qu'il tient sur sa bouche En sa faveur me prévient :
Je le veux.
— Je ne peux , C'est un enfant du mystère, Il ne quitte pas son père.
— Je les achète tous deux.
Vous qui des célestes flammes Goûtez le charme idéal, Prenez celui-ci, mesdames.
Il est tout sentimental.
Chacun rit,
Et lui dit:
Malgré ce discours gothique .
De votre amour platonique Vous n'aurez pas le débit.
Pour moi , dit Alexandrine j Je prends ce petit blondin j Sa démarche féminine Plaît à mon goût féminin.
— De Lesbos A Paphos
Il nous vient par contrebande ; Grâce à vous il s'achalande Chez nos modernes Saphos.
On s'étonne que Lucile , Qui cependant s'y connaît.
Ait pu choisir entre mille I-e plus lourd , le plus benêt :
L'air moral ,
Doctoral , On le mutine , on le raille;
Le pauvre enfant, comme il bâille!
C'était l'amour conjugal.
Il m'en reste un vif et tendre , Que l'amitié suit toujours , Et qui renaît de sa cendre, C'est le phénix des amours.
Je soutien
Qu'à ce bien Nul autre n'est comparable; Et comme il est impayable , Je le douuerai pour rien.