‹ Poésies légèresChapitre 43 sur 132 · LA FRAICHE COQUETTE · texte numérisé non relu

LA FRAICHE COQUETTE

Air : Mon honneur dit que je serais capable.

Vous m'imposez un cruel sacrifice

En exigeant de la sincérité ;

Mais j'y consens aujourd'hui par caprice ,

Je veux, Léon, dire la vérité :

Depuis trois mois ou croit que je vous aime ,

Je vous le prouve, et, sans autre raison.

Depuis trois mois vous le croyez vous-même ;

Depuis trois mois je mens, mon cher Léon.

Il vous souvient du souper où Glycère Me disputait le prix de la heauté; Vous vous aimiez d'un amour bien sincère , Mais un regard vous place à mon côté : Certain Médor était assis de l'autre j Il eut sa part d'un muet entretien; Car si mon pied interrogeait le vôtre, De mon genou je répondais au sien.

Mon triste époux, que l'exemple encourage, Croit à son tour qu'il peut être inconstant ; Je dois punir un projet qui m'outrage, Vous arrivez dans cet heureux instant. De vos succès voilà tout le mystère ; N'y cherchez point un motif étranger:

En vous prenant je désolais Glycère , Et d'un mari j'avais à me venger.

— Eh quoi, Zulmis ! cette lettre si tendre?....

— jV'est qu'un extrait d'un ouvrage récent.

— Mais ce poison qu'un jour vous vouliez prendre ?.,.

•—Autant que vous il était innocent.

— A mon départ vos mortelles alarmes?....

— Ou s'embellit à se désespérer.

— Vos maux de nerfs?.... — Bagatelle. — Vos larmes? — En s'exerçaut on apprend à pleurer.

Ne cherchez pas d^excuse à ma faiblesse ; Je dois ici vous parler sans détour ; Jamais mon cœur n'a connu la tendresse : Mes sens glacés n'ont pas hesoin d'amour. — Vous oubliez ces tendres tête-à^téte Où de plaisir vous mouriez dans mes bras? — La vanité n'a qu'un prétexte honnête Pour révéler les plus secrets appas.

— De mon courroux ma fierté me rend maître, Et je rougis de ma honteuse erreur; J'apprends de vous entin à vous connaître , Je lis au fond de ce perfide cœur.

—Vous me croyez aussi par trop sincère : Méditez bien , Léon , ce dernier trait ; Mon aveu même est peut-être un mystère , Et ma franchise est encor mon secret:

llb POESIES LEGERES.

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