‹ Poésies légèresChapitre 44 sur 132 · VOILA LE DIABLE A CONFESSER · texte numérisé non relu

VOILA LE DIABLE A CONFESSER

Dans ce monde l'on ne fait guère Que des projets suivant son goût; Le plaisir même est une afifaire Dont on vient rarement à bout :

On entreprend avec délice , Mais ce n'est tout de commencer; Il faut encor que l'on finisse.

Voilà le diable à confesser.

Laure, qu'on cite pour modèle De sagesse et de sentiment, Va serrer la chaîne éternelle Qui doit l'unir à son amant.

La belle se donne pour neuve; Laure , c'est trop vous avancer ; L'instant vient d'en fournir la preuve , Voilà le diable à confesser.

D'un certain trésor qu'on s'arrache

Le vieil Orgon est entiché;

D'une jeune beauté sans tache

Avec l'hymen il fait marché.

Des fillettes il tient la perle ; . ;

Mais ce qui doit l'embarrasser, |

C'est qu'il faut dénicher le merle, i

Voilà le diable à confesser. i

Le gros Mondor charge sa table Des mets les plus délicieux , Et les flots d'un vin délectable Y charment le goût et les yeux Notre homme aime la bonne chère, Il a de l'or à dépenser ; Mais , hélas ! il faut qu'on digère , Voilà le diable à confesser.

Demaiu c'est la fête d'Armande ; Elle exige un couplet galant; Mais pour les choses de commande Je n'ai pas le moindre talent.

Ce maudit couplet m'emBarrasse , Et je voudrais m'en dispenser j La dame veutqu'onle lui fasse , Voilà le diable à confesser.

Après un joyeuse vie, Un beau matin on dit bonsoir ; Et , qu'oii en ait on non l'envie , Monsieur le curé vient vous voir.

« A vos péchés , mon très-cher frère , « Dans ce moment il faut penser; « Dites-moi tout. )> Hélas ! mon père, Voilà le diable à confesser.

L^NCONSTANCE JUSTIFIÉE.

Air....

J^étais né pour être fidèle , Et cependant , jouet du sort , J'ai mainte fois changé de belle, Mes amis , voyez si j'ai tort :

Vieille fille expérimentée A quatorze ans me mit en jeu j Elle me prit sans mon aveu , Je l'ai quittée.

Comme un Saint-Preux j'aimais Julie , C'était la rose en sa fraîcheur; Air ingénu, grâce embellie Du prestige de la pudeur; Mais cette novice empruntée Me causa d'étranges regrets..,.

Que Dieu vous garde d'une Agnès, Je l'ai quittée.

Après quelque temps de retraite , Bien guéri d'une folle erreur , Près d'une dévote discrète Je remplaçai son directeur.

Toujours d'un saint zèle emportée , Dans son immuable ferveur.

Elle exigeait trop de mon cœur , Je l'ai quittée.

Essoufflé du rôle sublime Que j'avais joué quatre mois.

Pour mettre mon cœur au régime , D'une coquette je fis choix.

Je connaissais bien la portée Des goûts de ma divinité j

POESIES LEGERES. f2r

Une heure avant d'être quitté Je l'ai quittée.

Pour plaire à la muse Aratelle Je me réclamai d'Apollon , Et de cette Sapho nouvelle J'eus l'honneur d'être le Phaon.

Pour son esprit elle est vantée , Elle a mille talents divers :

Il fallait écouter ses vers , Je l'ai quittée.

Du moins auprès de Juliette On ne craignait pas l'entretien; Elle était constamment muette , Et pourtant ne vous cachait rien.

La nature l'avait dotée D'un bon cœur , d'un joli minois ; Mais comme on cause quelquefois, Je l'ai quittée.

La noble Isaure eut mon hommage ; Mais trop fîère de ses aïeux , Elle en avait à-peu-près l'âge : Moi je ne suis pas glorieux ; De mon amante patentée J'ai rompu les illustres nœuds ; Pour l'objet de mes derniers vœux> Je l'ai quittée.

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