‹ Poésies légèresChapitre 48 sur 132 · CONTRE LA FORTUNE · texte numérisé non relu

CONTRE LA FORTUNE

Air : ^ux soins que je prends de ma gloire.^

Je puis un jour faire fortune , Voyons ce qui m'arrivera :

Je suivrai la route commune , Et la tête me tournera.

Contre nioi dans ce manifeste Essayons de me prémunir; Ma raison aujourd'hui protesté Contre ma folie à venir.

Si dans mes folles incartades , Voulant vous éblouir les yeux , Je fais par-delà les croisades Remonter mes nobles aïeux; Sur ce point vous devez m'en croire , Je cite les temps et les faits ; Rapportez-vous-en à l'histoire...., A l'histoire que je vous fais.

Si dans mes plaintes éternelles , Regrettant mes anciens châteaux , Je soutiens que les lois nouvelles M'enlèvent mes droits féodaux; De la vanité la plus pure Tenez-moi bien pour convaincu ; Les malheurs du temps , je vous jure , Ne m'ont pas fait perdre un écu.

Si, par une risible audace.

Auteur de quelques madrigaux , Je prétends siéger au Parnasse, Entre Voltaire et Despréaux ; Je consens que l'on me bafoue ,

l3a POÉSIES LÉGÈRES.

Et qu'on montre au doigt le dindotr Qui se gonfle en faisant la roue Auprès des oiseaux, de Junon.

Si de cent maîtresses fidèles J^affiche partout les faveurs.

Ou voudra connaître les belles Dont l'amour m'a soumis les cœurs :

Que ces recherches importunes Ne hâtent pas votre réveil.

Plusieurs de mes bonnes fortunes Sont le secret de mon sommeil.

Si du carrosse où je m'élance, A l'exemple de bien des gens , Je jetle un regard d'insolence Sur de vieux amis indigents ; En voyant ma sotte figure , Dites , en riant de pitié :

Ce n'est qu'un faquin en voiture ^ Il valait beaucoup mieux à pié.

Mais si par l'aveugle déesse

Je ne suis jamais visité ,

Si par humeur elle me laisse

Dans mon heureuse obscurité;

A me passer de ses largesses

Sans le moindre effort je consens^

Puisqu'il faut payer les richesses

De la peite de son bon sens^

POÉSIES LÉGÈRES. l3l

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