‹ Poésies légèresChapitre 50 sur 132 · C'EST TROP FORT · texte numérisé non relu

C'EST TROP FORT

Air : Ca, rC se peut pas.

y De deux amants en tête-à-téle

Hier j'ai surpris l'entretien , Et de cette aventure honnête Je veux être l'historien.

Contons la chose avec franchise j Qu'on nous entende sans efFortj Mais craignons pourtant qu'on ne dise:

Ah I c'est trop fort! (6/5.)

Dans le fond d'un boudoir , qu'éclaire Ee plus aimable demi-jour, .

Ursule voit entrer Talère; Sou cœur bat d'espoir et d'amour.

— Enfin à mes vœux tout conspire , Et PAmour me conduit au port ; Depuis deux grands mois je soupire 5.

Ah! c'est trop fort!

Tout en disant ces mots Valère S'avance et tombe à ses genoux.

Ursule prend un ton sévère , Que dément un regard plus doux.

— Ce début me semble un peu leste ; Entre nous tout n'est pas d'accord :

Mais surtout, monsieur, point de geste!

Ah ! c'est trop fort !

C'est donc en vain que je me fâche ?

— Ahî n'accusez que vos appas.

— Non , vous poursuivez sans relâche Un but que vous n'atteindrez pas.

Contre une sagesse invincible

Qu* attendez-vous d'un valu transport ?

Vous le voyez, c'est impossible :

Ah ! c'est trop fort !

l34 POÉSIES LÉGÈRES,

— Je prétends faire ce miracle ; Espérez tout de mon ardeur :

Je m'irrite contre l'obstacle

Que franchit toujours un grand cœur, Désir naît et pudeur s'oublie; Ursule, en accusant le sort , Disait d'une voix affaiblie :

Ah ! c'est trop fort !

Mais que le bonheur est fragile !

On a bien tort de s'y fier ; Le vainqueur dans un champ fertile Ne moissonne qu'un seul laurier ; Et de cette aventure unique La belle, confuse d'abord , Murmurait d'un ton ironique :

Ah ! c'est trop fort !^

Admirez ma délicatesse î Disait Yalère en s'en allant ; Je sais réprimer ma tendresse»

— Ne cultivez pas ce talent ;

Au point oii vous m'avez réduite Lorsque l'on a le premier tort , Il faut en avoir deux de suite.

— Ah ! c^est trop fort !

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