C'EST TROP FORT
Air : Ca, rC se peut pas.
y De deux amants en tête-à-téle
Hier j'ai surpris l'entretien , Et de cette aventure honnête Je veux être l'historien.
Contons la chose avec franchise j Qu'on nous entende sans efFortj Mais craignons pourtant qu'on ne dise:
Ah I c'est trop fort! (6/5.)
Dans le fond d'un boudoir , qu'éclaire Ee plus aimable demi-jour, .
Ursule voit entrer Talère; Sou cœur bat d'espoir et d'amour.
— Enfin à mes vœux tout conspire , Et PAmour me conduit au port ; Depuis deux grands mois je soupire 5.
Ah! c'est trop fort!
Tout en disant ces mots Valère S'avance et tombe à ses genoux.
Ursule prend un ton sévère , Que dément un regard plus doux.
— Ce début me semble un peu leste ; Entre nous tout n'est pas d'accord :
Mais surtout, monsieur, point de geste!
Ah ! c'est trop fort !
C'est donc en vain que je me fâche ?
— Ahî n'accusez que vos appas.
— Non , vous poursuivez sans relâche Un but que vous n'atteindrez pas.
Contre une sagesse invincible
Qu* attendez-vous d'un valu transport ?
Vous le voyez, c'est impossible :
Ah ! c'est trop fort !
l34 POÉSIES LÉGÈRES,
— Je prétends faire ce miracle ; Espérez tout de mon ardeur :
Je m'irrite contre l'obstacle
Que franchit toujours un grand cœur, Désir naît et pudeur s'oublie; Ursule, en accusant le sort , Disait d'une voix affaiblie :
Ah ! c'est trop fort !
Mais que le bonheur est fragile !
On a bien tort de s'y fier ; Le vainqueur dans un champ fertile Ne moissonne qu'un seul laurier ; Et de cette aventure unique La belle, confuse d'abord , Murmurait d'un ton ironique :
Ah ! c'est trop fort !^
Admirez ma délicatesse î Disait Yalère en s'en allant ; Je sais réprimer ma tendresse»
— Ne cultivez pas ce talent ;
Au point oii vous m'avez réduite Lorsque l'on a le premier tort , Il faut en avoir deux de suite.
— Ah ! c^est trop fort !