‹ Poésies légèresChapitre 53 sur 132 · LES NOUVEAUX SORCIERS · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX SORCIERS

VAUDEVILLE

Air : C'est un sorcier.

Aux sorciers on ne croit plus guère , Mais c'est en vain qu'on m'a prêché 5 De ce vieux préjugé vulgaire Je reste toujours entiché.

De moi vous vous moquez d'avance ; D'avance aussi je l'ai prévu.

J'en ai vu.... ce qui s'appelle vu ; Et je citerai , même en France , Puisqu'on ose m'en défier , flu^ d'un sorcier.

Ce Dorimond , qui de Limoge , Par le coche , vint à Paris , Dans un palais aujourd'hui loge , Gorgé d'argent et de mépris.

A sa fortune tout conspire :

Il est sans honneur , sans esprit î Il obtient des honneurs , du crédit.

Comme vous , au lieu d'en médire , Ne vaut-il pas mieux s'écrier ; C'est un sorcier I

Laid , petit , roux , plat , fat et héte , Et sans un sou de revenu , Melcour , dit-on , en téte-à-lête , Près des belles est bien venu.

Vous croyez expliquer la chose Avec un souris libertin ; Mais non, rien.... presque rien.... c'est certain. Or il n'est point d'effet sans cause ; Donc j'ai le droit de publier Qu'il est sorcier.

POÉSIES LÉGÈRES. l4l

Damon , dont la muse engourdie pour modèle a choisi Kotzbou , Nous a baillé pour comédie Un long drame à dormir debout De son ouvrage somnifère Vous avez prévu le destin j Il ne peut aller jusqu'à la fin.

Mes amis , loges et parterre Sont remplis un an tout entier.

C'est un sorcier !

Germeuil , appesanti par l'âge ,

Le dos voûté , les cheveux blancs ,

S'avise d'entrer en ménage ■ Avec un tendron de seize ans.

On gémit sur la pauvre fille ,

Qu'on s'obstine à nommer ainsi ; Mais tout peut s'arranger , Dieu merci :

Le bon Germeuil voit sa famille

Tous les ans se multiplier.

C'est un sorcier I

Ce gros abbé , d'esprit si mince , Qu'on ne vit jamais au saint lieu , A qui l'on prétend qu'un grand prince Donnait deux ans pour croire en Dieu ; Dans sa conduite disparate , Mais à son but très-conséquent , De préjugés s'en va trafiquant} D'uùe calotte d'écarlate On affuble mon grenadier :

C'est un sorcier !

Armé d'une vieille assurance , D'un débit lourd , d'un geste fkux, Mérival , sans intelligence , Se croit un acteur sans défauts :

A contre-sens il se démène ; A longe ou raccourcit les vers.

Toujours prend ses rôles de travers }

l4'î POÉSIES LEGERES. il

Autant qu'un Mole , sur la scène , On applaudit ce grimacier.

C'est un sorcier !

£t ce docteur que Ton renomme , Qui du monde verra la fin ; Et Forlis 5 qu'on dit si bon homme .

Et dont le père est mort de faim ; Et ces barbouilleurs de gazettes , Qu'enrichissent leurs plats écrits 5 Et tant d'imbéciles beaux esprits ; Des Crésus qui n'ont que des dettes , Mes malotrus à vingt quartiers ; Que de sorciers î i î

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