‹ Poésies légèresChapitre 63 sur 132 · LE DÉSESPOIR · texte numérisé non relu

LE DÉSESPOIR

ROMANCE

Du poids de mon existence Qui daignera m'afFranchir , Qui me rendra l'innocence Qu'un traître a su me ravir ?

De ma honteuse faiblesse Qui me voilera l'horreur ? Hélas ! un moment d'ivresse M'a donc coûté le bonheur.

Sans pouvoir quitter la vie C'est assez long-temps mourir ; Sous la tombe ensevelie , Je vais cesser de soiilFrir.

Hélas ! c'est trop peu d'un crime Pour expier mon erreur ; C'est une double victime Qu'exige de moi l'honneur.

Et toi , monstre sanguinaire Dont le fruit germe en mon sein !

D'une parricide mère Tu n'arrêtes pas la main !

Va, du moins ma mort expie Le crime que je commets , Et ce sacrifice impie Devient un de tes forfaits.

Mais quelle voix lamentable S'élève au fond de mon cœur ?

Arrête , mère coupable !

Vois l'excès de ta fureur :

C'est toi qui lui donnas l'être ; Seras-tu mère et bourreau ,

l64 POÉSIES LÉGÈRES.

Et le sein qui l'a vu naître Deviendra-t-il son tombeau ?

Ah ! non.... c'en est fait, j'abjure L'honneur et ses droits afTreux ; Tout entière à la nature , Je rends mon cœur à ses vœux.

Des préjugés de la terre Bravant l'éternel écueil , Nom sacré , doux nom de mère , Je te porte avec orgueil.

Tu vivras, objet funeste D'horreur , d'amour et d'effroi j A ce jour que je déteste Je me condamne pour toi :

Puisse ton heureuse enfance Rendre à mon cœur abattu , Au défaut de l'innocence, Le calme de la vertu.

Page 1