LA MIEUX AIMÉE
ROMANCE
Air de Garât : Je t'aime tant.
Bien loin j'ai cherché le bonheur ; Après une fatigue extrême Je le trouve au fond de mon cœur ; Aline m'a dit : Je vous aime.
Aimons-nous donc , mais pour toujours , Ah ! que n'est-il en ma puissance , Pour éterniser nos amours, D'éterniser notre existence.
Tn ne pourras jamais savoir, O la plus et la mieux aimée , Quel ascendant et quel pouvoir Tu prends sur mon ame charmée.
Dans la nature je ne vois , Je ne trouve que ton image ; Aline, pour parler de toi, Tous les objets ont un langage.
Que de tourments et que d'ennui Aux lieux 011 tu ne saurais être !
Je ne t'ai pas vue aujourd'hui, Demain je te verrai peut-être.
C'est ainsi qu'en proie aux désirs Qui me brûlent dans ton absence , Mon cœur a recours aux plaisirs Que lui prodigue l'espérance.
Quand je plonge un regard d'amour Dans tes yeux, source de ma vie , Aux dieux dans leur divin séjour Ma félicité fait envie.
l66 POÉSIES LÉGÈRES.
Peuvent-iJs blâmer mon orgueil ?
Je t'aime, je puis te le dire :
Le bonheur est dans ton coup d'œil , Et le ciel est dans ton sourire.
POÉSIES LÉGÈRES. l6j
ROMANCE
SUR LA MORT d'uN FILS.
LiR de l'enfant naturel de Boufflers : O toi qui n'eus, etc.
Grands dieux , écoutez ma prière!
Exaucez mes vœux paternels!
Rendez mon fils à la lumière , Ou j'abjure vos vains autels....
Plainte inutile!
O mon Emile !
Du néant tu vas au tombeau,
Et de ta vie
La Parque impie Tranche le fil dans ton berceau.
Quevois-je? une mèreéplorée Gémit sur son 61s expirant; Sur sa bouche décolorée Elle exprime un lait impuissant ;
Mère trop tendre,
Cesse de prendre Des soins désormais superflus ;
De ta tendresse,
De ta faiblesse , La victime n'existe plus.
Mon fils , plus heureux que ton père , Avant lui tu quittes le jour :
Tu n'as fait qu'un pas sur la terre ; Qu'espérer d'un plus long séjour ?
A l'infortune
La loi commune Nous condamne dans sa rigueur 5
Et sur la terre
l6S POÉSIES Li&EHES.
L'homme nest guère Que l'arbitre de son malheur.
Héritier d'un cœur trop sensible, Que de maux t'épargne le sort, Eu t'ahrégeant ce cours pénible Qui tôt ou tard mène à la mort.
De Tinjustice, '
De l'artifice Tu ne craindras pas le réveil ;
La sombre envie,
La calomnie, Ne troubleront pas ton sommeil.
Dans ta malheureuse patrie.
Que déchirent d'ingrats enfants, Tu ne verras pas l'anarchie Déployant ses drapeaux sanglants, Sur son passage Souffler la rage, Alimenter les factions ;
Et de ses crimes , De ses victimes , Épouvanter les nations.
De l'amour et de la nature Espérais-tu quelques douceurs?
C'est au prix des maux que j^ndure Que Ton achète leurs faveurs.
Que ton enfance
De l'existence Ne regrette pas le fardeau ;
Ton pauvre père
Bientôt espère Te rejoindre dans le tombeau.
iv%«v»mM«v%«w»w«r