‹ Poésies légèresChapitre 7 sur 132 · LA CHANSON GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

LA CHANSON GUERRIÈRE

Il y a , dit Montaigne , une harmonie courageuse qui échauffe en même temps le cœur et l'oreille. Les chansons militaires ont partout animé les hommes aux combats. Ces vers de Tirtée , répétés par les Athéniens au bruit des

lyres , avant la bataille de Marathon , méritent de trouver place ici , non-seulement comme la plus ancienne , mais comme une des plus belles chansons guerrières qui existent dans aucune langue et chez aucun peuple.

Qu'il est beau de mourir à son poste immobile,

Et de tomber aux premiers raugs !

Qu'il est beau de périr pour sa mère débile,

Pour son vieux père et ses enfants!

Fuyez , lâches , fuyez, résignés à l'outrage ,

Et nous, marchons aux ennemis.

Pressons nos rangs, mourons avec courage ; Il est beau d'expirer en vengeant son pays.

Et quoi ! de vieux guerriers dont la tête est blanchie

De l'ennemi bravent les coups.

Ces héros offriraient les restes de leur vie,

Et nous, ô mes amis , et nous....

Nous les verrions , craignant qu'on n'insulte à leurs mânes ,

Et soulevant leurs bras mourants ,

D'une pudique main dérober

Qui donnèrent le jour à de lâches enfants.

La pruderie de notre langue permet a peine de laisser entrevoir Fénergique pense'e que l'auteur grec exprime clairement dans ces deux derniers vers.

Citons encore ce chœur d'Alce'e , qu'on ne doit pas être surpris d'entendre appeler harhare par les poètes lauréats de nos monarchies modernes (i).

(i) Je me sers de la traduction que je trouve dans l'excellent ouvrage que vient de publier M. Dupaly , sous le titre, De V Art poétique des demoiselles.

Ne confiez jamais l'espoir de vos batailles A l'airain protecteur qui défend vos murailles ; L'airain, l'acier, le fer, le marbre ne sont rien : Il n'est qu'un seul rempart , le bras du citoyen. Des hommes! oui , c'est là l'enceinte formidable Qui seule ofifre au combat un front inexpugnable ; L'airain , l'acier, le fer , le marbre ne sont rien ; Il n'est qu'un seul rempart , le bras du citoyen.

Dans -les temps ante'rieurs a la révolution , cette poésie sublime ne pouvait avoir rien de commun avec les habitudes de nos camps , l'esprit du soldat français , qui répondait au mot honneur sans rien entendre au mot patrie , n'aurait reçu aucun élan de ces nobles inspirations où s'enflammait le courage des peuples citoyens. La renaissance delà liberté inspira des Tyrtliées nouveaux. Obligé de choisir entre plusieurs chansons militaires , supérieures à tout ce que Pantiquité a produit dans ce genre , on ne sera point étonné que je m*arrête a celle qui réveille a-la-fois les souvenirs de notre gloire et de nos malheurs : écoutons Béranger.

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