‹ Poésies légèresChapitre 8 sur 132 · LE CHAMP D'ASILE · texte numérisé non relu

LE CHAMP D'ASILE

Air de la Romance de Bélisaire. (Garât. )

Un chef de bannis courageux, Implorant un lointain asile, A des Sauvages ombrageux Disait : « L'Europe nous exile; » Heureux enfants de ces forêts , » De nos maux apprenez l'histoire :

» Sauvages! nous sommes Français, » Prenez pitié de notre gloire.

» Elle épouvante encor les rois ,

» Et nous bannit des humbles chaumes,

» D'où, sortis pour venger nos droîts ,

M Nous avons dompté vingt royaumes.

» Nous courions conquérir la paix

» Qui fuyait devant la victoire.

» Sauvages! nous sommes Français,

» Prenez pitié de notre gloire.

)) Dans l'Inde Albion a tremblé, » Quand de nos soldats intrépides » Les chants d'allégresse ont troublé n Les vieux échos des Pyramides, M Les siècles pour tant de hauts faits » N'auront point assez de mémoire.

» Sauvages! nous sommes Français, M Prenez pitié de notre gloire.

» Un homme enQnsort de nos rangs, « Il dit : Je suis le roi du monde.

» L'on voit soudain les rois errants ■» Conjurer sa foudre qui gronde. » De loin saluant son palais , » A ce dieu seul ils semblaient croire. » Sauvages! nous sommes Français , n Prenez pitié de notre gloire.

» Mais il tombe ; et nous , vieux soldats , » Qui suivions un compagnon d'armes , » Nous voguons jusqu'en vos climats, » Pleurant la patrie et ses charmes.

)) Qu'elle se relève à jamais » Du grand naufrage de la Loire.

» Sauvages! nous sommes Français, » Prenez pitié de notre gloire. »

Il se tait. Un Sauvage alors

Répond : « Dieu calme les orages }

» Guerriers, partagez nos trésors,

» Ces champs , ces fleuves , ces ombrages.

» Gravons sur l'arbre de la paix

n Ces mots d'un fils de la victoire :

n Sauvages I nous sommes Français ,

» Prenez pitié de notre gloire. »

Le champ d'asile est consacré.

Élevez-vous, cité nouvelle!

Soyez-nous un port assuré Contre la fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils vous racontant Thistoire, Vous diront : Nous sommes Français , Prenez pitié de notre gloire.

La gaieté naturelle a nos soldats avait autrefois donné naissance a une foule des chansons burlesques ou grivoises , composées au feu du bivouac , ou dans les loisirs du corps-de-garde ; une seule n'est pas tout-a-fait indigne d'être conservée : on en jugera par ce premier couplet qui est aussi le meilleur.

Malgré la bataille Qu'on donne demain , Çà , faisons ripaille, Charmante Caliu; Attendant la gloire , Prenons le plaisir Sans lire au grimoire Du sombre avenir.

Béranger aussi a chanté la Catin du régiment 5 mais dans des couplets non moins supé-

ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE. sS

rieurs a celui qu'on vient de lire , que les exploits de nos guerriers d'alors ne l'étaient a ceux de nos guerriers d'autrefois.

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