L'HOMME ET LA MOUCHE
FABLE
Séduite par l'appât à ses désirs oflert , Dans un vase de miel couvert Une mouche allait s'introduire :
— Ne vois-tu pas , sot animal , Lui crie un homme , en quel piège fatal L'imprudence va te conduire ?
Dans ce vase lorsque tu voi Périr par milliers tes semblables , De tant d'exemples redoutables
Sache au moins profiter pour toi.
— L'avis est salutaire,
Répond l'insecte bourdonnant ;
Mais ce reproche impertinent
L'homme a-t-il droit de me le faire ?
En censeur tu veux t'ériger,
Et toi-même qui me méprises. Par les fautes d'autrui loin de te corriger, Tu ne profites pas de tes propres sottises. Si par hasard vingt fois j'échappe à ce danger, Et que j'y tombe encor par imprudence extrême , Le rapport entre nous deviendra plus égal, Et j'aurai peine alors à prononcer moi-même Quel est entre nous deux le plus sot animal.