‹ Poésies légèresChapitre 87 sur 132 · L'HOMME ET LA MOUCHE · texte numérisé non relu

L'HOMME ET LA MOUCHE

FABLE

Séduite par l'appât à ses désirs oflert , Dans un vase de miel couvert Une mouche allait s'introduire :

— Ne vois-tu pas , sot animal , Lui crie un homme , en quel piège fatal L'imprudence va te conduire ?

Dans ce vase lorsque tu voi Périr par milliers tes semblables , De tant d'exemples redoutables

Sache au moins profiter pour toi.

— L'avis est salutaire,

Répond l'insecte bourdonnant ;

Mais ce reproche impertinent

L'homme a-t-il droit de me le faire ?

En censeur tu veux t'ériger,

Et toi-même qui me méprises. Par les fautes d'autrui loin de te corriger, Tu ne profites pas de tes propres sottises. Si par hasard vingt fois j'échappe à ce danger, Et que j'y tombe encor par imprudence extrême , Le rapport entre nous deviendra plus égal, Et j'aurai peine alors à prononcer moi-même Quel est entre nous deux le plus sot animal.

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