LIVRE L
Et Pégoïsme , et le$ délits, Avec les vices exilés?
Serait-il lâche et sans raison Loin de se battre , de s'aider , Loin dé haïr » de s'entr'aimer ?
Quand serons-nous tous conjurés Pour combattre nos ennemis Les plus puissans » les plus i*éels :
Nos maux , nos vices » nos travers ?
Il reviendra cet heureux jour , Nous en avons de sûrs garans Dans les récits de nos aïeux ; Dieu détruirait êes fils ingrats > S'ils lie devaient être meillcfurs :
Sa sainte loi nous rendra tels.
En nous plaçant sur cette terre Il nous dotma de sûrs appuis :
Le sentiment des biens » des maux , La conscience et ses frayeurs »
Et l'espérance qui , d'abord , Vient embeUir notre existence , Et ne nous quitte en aucun tems i C'est un fanal toujours luisant Sur l'horizon de notre vie Aux portes de l'éternité.
Le spectacle de la nature , .
Cet Univers vaste et mouvant , Ce marche-pied de l'Etemel D'où sa gloire s'accroit toujours ; Le divin souffle de notre ame , Et ces Hëbreux » ëlus , punis , Errans encore parmi nous :
Tout nous prouve notre origine Et notre chute , et notre épreuve , Et l'avenir qui nous attend.
Siii V9ssaiiv«
Ije nouveau maître et seigneur .
D'un teiToir vaste et fertile , Mais voisin d'un fi«r torrent En ces mots se lamentait :
ce L'ancien maître de ce sol ce Bien peuple , riche et prospère »
ce N'a point su le délivrer ce Du tinnrent toujours voisin.
ce II est vrai que par ses soins ce Les dégâts sont réparés ; a Mais pourquoi d'un ennemi ce Faut-il donc soufirir l'approche?
ce On l'admit sur mon terroir , «c On creusa même son lit.
ce On rendit son cours facile ; ce Pour le vaincre on l'adopta lit
POÉSIES, ce Je méprisé ùii td système :
« Je ne veux point d'eraicmîs :
« Barrez donc tous les passages ; c< Eloignons ce desUnicteur ; a Que des digues , aux frontières , « Lui défendent toute entrée , ce Ah I qu'il porte ailleurs le trouble « Hâtcz-YOttS.... comblez son lit, »
Aussitôt , chacun s'empresse
vrii ^uM>^<.»^ ^* »
On travaille avec ardeur ; Le terroir est eiitourc.
Le torrent çn un moment »
De ses sources scèarë., S'affaiblit et disparàtt :
Le seigneur se rcjomt*
Cependant un yojr^eb*; Qui du bord observait Fonde
S'accroissant au pied des dîgbes ,'
^^ . • î il'*
Se raillait ié tant d^apprêts ; .
Et criait en^chemmaiit
Au seigneur , aux' travailleurs : .
c< Renforcez ^ haussez la dïgn^ ,
c< Mais le lit du fier torrent....
•( Gardez- vous de robstruerl
* IIVBEL 73
tt Vous banez en vain l'entrée te A. des flots toujoars croissants, ce Dont la source reste ouverte, ce Qœ le ciel pent seul tarir, ce Cessez donc une barrière, « Inutile en tems de calme , ce Frêle , et même dangereuse , (c Quand les eaux sont en courroux.
ce Sur les bords haussez la digoe^ ce Augmentez la rësistancel...»
ce Mais le lit du fier torrentl.*..
ce Gardez-vous de l'obstruerl »
D'un conseil si salutaire Le seigneur ne tint pas compte:
ce De l'envie et du dépit ce C'est la voix , répondait*il«
' Quand soudain an pied des digues
En fimreur l'onde s'accrott,
Elle monte , elle s'excite ,
Et renverse un long rempart
Vainement à son danger
Le seigneur cherche un remède ^
Le torrent fort et vainqueur ,
A déjà tout envahi.
Les maisons , les jeunes plantes , Sont d'abord déracinas ; ' Puis les arbres centenaires , Jusqu'alors si respectes Sous des flots irrésistibles Sont contraints de snccomber. Les U'oupeaux et les pasteurs
/ Ne se sauvent qu'à mcritië.
Le passant qui s'éloignait Répétait ce haussez la rive , ce Mais le lit de ce torreiù ce Gardez-vous de l'obstruer, i»
Tout-à-coup un bruit horrible Retentit à son oreille • . • • Sur ses pas vite il retourne Au secours des submergés.
Le seigneinr » du sein des ondes , Avec peine est retiré , Il dut même son salut Au passant trop généreux.
Il apprit par sa disgrâce Sans nul finit , un peu trop tard ^ Que les digues des rivières Doivent suivre le courant.
ibA vibaurso
Jua fleur la pins belle HelasI dure peuf Que son règae est court I Pour peu qu'elle vive , Le tems la flëlrit.
Dès son premîei* jour.
Sa fraîcheur nous charme.
Son teint nous ravit.
Son parfum enchante Nos sens et nos cœurs.
Quand, tonte formée.
Elle nous attire , Chacun la souhaite^ Près d'elle on accourt; On veut la cueillir.
Pour la posstiet.
Vole la jeunesse, Marche l'âge m{Lr , Se meut le vieillard ; Chacun à l'envi.
Quand on l'a cueillie ^ Qu'ont-ils possède?
Qu'est la fleur nouvelle?
Que sont ses attraits ?••..
Une illusion II
Mais l'illusion Nous est nécessaire; Pour nous c'est l'essencef Qui nourrit la lampe Qui luit sûr nos pas»
Prives de son aide Que faire ici-bas?
Que seraient nos vœux»
Nos goûts, nos plaisirs.
Sans quelqpies prestiges?
Dans l'amère énigme ■ Qu'on nomme la vie« Il faut soutenir.
Flatter, caresser Ces firèles appuis l
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Sans leur prompt secours , Le pauvre mortel Serait trop semblable A l'arbre sédui Sms feuille ou yenluve I
Mais parmi les fleurs Brillant sur la terre , Une est la plus belle, La plus délicate:
Faut-il la nommer?
O Virginité, Qui peut égaler L'éclat vif et pur Et la jQralcheur De tes attraits ?
Mais soyons discrets Sur cette beauté»
Elle est susceptible.
Et crsdnt , à la mort , Un lourd examen.
Elle est séduisante^ Touchante et naïve , Elle est vive et tendi'e , Mais trop délicate.
Et brille en mourant I
Gardons le silenGe, Soyons donc prudents, N'examinoiis' pas L'état et l'essence D'un être si frêle.
Si (pelipihiQ la perd»
Gardons de vouloir La faire revivre»
Ou la retrouver:
Cela ne se peiit,
Âh! qui la possède,.
Doit bien la garder ; Car nulle puissance Ne peut nous la rendre , Quand elle n'est plus,
La faire revivre Serait impossible :
Peut-on rétablir La glace rompue?
La niante sédiée ?
Aux yeux qui dé)à .
S'ouvi'irent au jour , Peut-on déguiser Ou faire oublier Ce qu'est la lumière?