‹ PoésiesChapitre 66 sur 107 · LIVRE ni. ao · texte numérisé non relu

LIVRE ni. ao

Aux jours si doux de moh enfance Sensible » aimant dans passion % J'étais joyeux plein d'espëi^aiice »

Dans une aimable illusion ; Pour mon ëtoile peu commune »

Mes vceux implorant ravenir ^ Charge d'amour et de fortune , Je le voyais toujom'S venir.

Mais ces rftves de ma folie Se sont promptement effaces , Et je connais enfin la vie , Quand tous mes beaux jours sont passes i Les malheurs , le dëgoût , l'outrage Remplissent Tâge des amours , Âh 1 le bonheur du premier âge Est-il celui de tous nos jours?

Ce monde n'est qu'une tourmente , J'y vois les maux aux maux s'unir , Et d'une vitesse étonnante , Le bien paraître pour s'enfuir.

J'ai force mon cœm* au silence , Rien ne saurait le reveiller , Et desséchés par la souffrance Mes yeux ne savent plus pleurer i

Jamais d'un triste solitaire Nul ne partagera le sort ; Et c'est dans «a sein mercenaire Qu'un jour je dois trouver la mort I On si quelque larme sincère Sur mon sein tombe par &asard , Les plenrs de ma sœur , de ma mère , N'adouciront point mon départ I

Puisse au moins mon heure dernière M'atteindre au bord de nos marais , Puissé-je au bout de ma carrière Près d'eux trouver , enfin , la paix i Pour la Hollande et pour Marie Seront toujours mes derniers vœux , Que mes amis « que ma patrie « Selon mes désirs soient heureux t

AMavs A iLAuroÀiiiiiio

t^ idèle asile du g^nie Des exiles et du repos , Lëman » des mers de ma patrie Ttt me rappelles les donx flots.

Sur tes bords l'accent de la France Attendrit et flatte mon cœur ; Des romans de l'adolescence Je vois le thëâtre enchanteur I

Le doux souvenir de Julie Ramène ceux de mes beaux àns> Quand mes regards vers Meillerie Vont et reyieonent sur Qarensl

O Rousseau » dont la tendre image Vit dans les cœurs où vit Paniour :

ZAé protecteur du jeune ftge , Ton ombre règne en ce séfour 1

2o6 POÉSIES.

Ton âoqiienee poétique , Par sa brillante vérité , Donne un caractère historique Au thâLtre qu'elle a chanté 1

En vain on me dît que d'Estange Ne vécut jamais dans ces lieux :

De mon cœur l'assurance étrange Aime à ti'omper toujours mes yeux I

Dans ce bosquet » où sans audace L'amour vainquît trop peu d'instants Mon cœur ému cherche la place • Oà s'assirent Iça deux amans 1

Si Julie et l'aim^Ue Glaire Ici n'eussent véçM> jamais » . , Le souvenir d'une cbimèrie Pourralt-îl caqsç^ mes regrets ? ;

Aux lieux où. rc^ept la n^^tui-e »^ .

Les mœurs ^ J^s y^tuf y Je plaisir*. .

Julie , helaf t ^çflppahl^ et pvre.,. ., Sans peine ei^^(çcr^ 4ut mQUiir 1...

Au seIo,.ç(f^ cj^ çajçytpn fertile ,^ Où tout resjjiriçw W )oyew . > A dû naître et grandir. ERilf^.i,, £t8ou£Erirl'autçuJ|[7iial)iûi|rej«x:! ..,( ..

uvaË m. «07

Ici vécut le graod Volljaire » • / '.

Jasqu'en exil l'égal d^ Bois :

Le Tacite de l'AngleteiTe Ici fit retentir sa voix.

Isabelle eaçor me rappellte »

Aujourd'hui , leurs écrits fameux , Lorsque d'une page immortelle « Elle enrichit ces bords hew)eu^.

Sans écarts et sans violeuce y Ici veille Pautorité :

Sans tyrannie est la finance , ' . • £t sans trouble la liberté I

L'homme., sur le sol helvétique »

Trouve le bonheur dans s^siioîs » .. . , ; Et , tel que dans le siècle antique »

Est bon et fier tout à la fois 1 . ,

Semblable 4 la riche boiurgeoise ,.

Bruyante ^n sa prospéiité », Parait au hamean la Vaudo^e ]

Resplendissante de santé I

Son vif aspect »,dfç mon jeune âge . . . . t Me rappelle encor les bei^x jours Et le tableau »«qi4and au village . .,• Le bal préludait au;^ amoui^s I

ao8 POÉSIES.

Je vois mcore la dansense , Sous le feuillage et les festons , Venir , dans sa danse joyeuse »

Braver le rang des fiers garçons.

Puis , de leurs bras avec adresse Se dégager en rougissant ; y revenir avec vitesse , Et malgré tous impunément I

Ou bien s'avançant avec grâce Sous un faux air de gravité ; Agacer chacun à sa place , Et laisser chacun enchanté!

Heureux qui peut goèter les charmes , Et les plaisirs de ces climats , Et sans douleurs et sans alarmes , Peut braver les voisins frimas I

Pour mot dont la santé débile ' Cherche des jours doux et coostaus ; L'aspect du glacier immobile , Roidit mes nerfs » glace mes sens I

Quand le corps souffre , bîent6t Pâme Se fatigue et puis s'endurcit :

En vain le plaisir nous réclame , Si la souffrance nous saisit I

IIVIŒ n. ao9

Mais quels cris d'effi'oi de surprise* Suivent de longs mugîssemens ? Lugubre et violente btse »

Pourquoi ces tristes sifflemens ?

Je sens s^agiter ma demeure Le sol lui-mime est ëbranlë L'enfant effraye tremble et pleure Au fond de son berceau trouble.

Cruelle bise , en une aurore Tu glaces lliorîzon fleuri , Le doux printems venait d'ëclore :

Le printems est dëjà flëtri I

Par toi , flëau de la nature , L'ëté se montre sans douceur :

En vain le ciel brille et s'ëpure , Ton souffle aigu glace mon cœur \

En vain la souffirante prairie , Péniblement jette ses fleurs :

Plus d'une plante^ hélasl flétrie Dans son sein montre tes fureurs 1

Je crois entendre le tonnerre , Quand tu ravages les hameaux , Menacer le coupable terre De l'incendie ou du chaos I

La iiatiire çoolrre e)Le mèto^.

Combat sans çe&se dans ces lieux »

Un arbre jaune , ou noir ,.ou blême.

Trop souvent attriste mes yeux I

Les sûsons semblait sai\s limites Dans ce climat prompt » in^al :

Je sens le û'oid de^ Moscovite^ Non loin des feux du Sénégal 1

De l'hiver la toute puissance Ici gouverne les saisons ; Et même au tems de son absence , L'œil le découvre sur les monts I.

Adieu I malgré ma peine extrême »

Il faut chercher d'autres climats :

Si l'on jouit aux lieux qu'on aime On vit où l'on ne souffre pas t

A i^L wsasiWËSism a^n iwiJXiiLaOo

1j art divin dont Apelle a remporte le prix Sait adoucir les douleurs de l'absence; Par lui l'on voit encor les ti*aits de ses amis L'on peut i*èver et croire à leur pi*éseuce , Mais promptement hélas I ces traits inanimés Semblent cfaange's quoique l'art soit fidèle Ce sourire muet , ces regai'ds désarmés Portent au cœur une douleur nouvelle.

Fille de l'art subtil , de mensonges divers ^ L'illusion cruellement enivre ; Elle charme un instant mais aux regrets amers , Plus vivement son prompt dépait nous livre.

Tel un léger éclat de l'orage enflammé Vient à la nuit redonner la lumière , Mais à ce feu trompeur l'œil bientôt refermé , Ressent bien mieux l'obscurité première»

ai 2 POÉSIES.

Princesse , tel n'est point le inot par vous promis , Ce mot charmant dont l'image est vivante ; Par lui l'on est vraiment auprès de ses amis « Leur regard brille et leur voix nous enchante, Rëel par le passé , rëd encore en nous , Le souvenir s'attache à l'espérance ; Le tems semble par lui passer d'un vol plus doux , C'est l'air du cœur , il soulage l'absence.

il (Biia(OTiia

liivâl des immorteU , & Caâove » à ta voix

Psychë reparut plus touchante ; Et naguères Venus » hors de l'onde écornante >

Revint au jour une autre fois.

Aujourd'hui , uin génie et ton att tout puissans

Osent se surpasser encore »

Tu donnes aux trois sœurs des charmes que j'adore....*

Et Cypris cède k ses enfans.

Quelle aimable candeur et quel attrait divin »

Hélas I étranger. à la terre i J'aime avec passion » suis tonte ardeur vulgaire

A leur aspect s'enfuit soudain. > •

Près d'elles je me crois'Aevé jusqu'aux cieux » Je ne sens pointide feii coupable , •

Un être cbnompo'i'd^an déèir oondanmable Peut seul s'embraser à leurs yeux.

9t 1 4 POÉSIES.

Âh I pourquoi doûc vieni-îl ce profane bandeaa

Instruire et troubler l'innocence , Par pudeur n'est-ce pas enseigner l'indécence ,

N'est-ce pas salir ton cî&eau ?

L'Impudique Venus se montre incessamment Sans nul danger et sans siuprise »

Et toi , tu n'oserais des Vierges du Cëphise Peindre le contour innocent t

Ah 1 combien ton Âlcide inspire de terreur t J'admire son ami Thiésëè , '. • •

Le fils de Jupilser , l^ntrëpide Fer6tfe^>' •' Dès son abord pa?â1t vâMiqueMK^ -

Par craîM^'de blesser des yeux ti^op délitât^

Couvres-tu d'un lin ridicule Les'muscljes'apparens ^ lesireîns du^fiei? Herctd($>

Qu'alors on ne coBoattmît'pàs:?: ^

Pour un sçxfiAhahnaiit le& dieux aônfedangevenoL • Comme pour nousllesHUniorttUfaf ; !

Et pourqûc^ ! dfinc: cbainsHta la ènii^ë: sàe «^le» Quand tu ne la.chdii8 pasi'âinr eux.])] -^ ' l

La fausse^^dAJ^akfattjgënpèy'flttelwauXiftCfs^ Ils détestent^ nfaicc^nr. timide;; ji.ioq ;i-.

L'amour du^nTi^ilui ^^^ihiMi^X^Jgtaià^^ Luiseul attiw,lfi^i:aiw|;i|i^^..j.n)'r 'r. i-. i

trVRE IL ai 5

D'une gaze légère autrefois nos ayeux

Surchargèrent les trois Déesses , Mais du zëphir bientôt les naïves caresses ,

Les décelèrent encor mieux.

Les artistes , alors , sur des attraits divins

Ne voilèrent plus la nature ^ La rose , un myrthe , un dé , dans leur simple parure «

Ornèrent leurs fronts et leurs mains.

Le dé , symbole heureux de leurs go&ts innocents ,

Indiquait leur galté légère , Les fleurs à désigner les attraits de leur mère

Nous montraient leurs efforts constants.

O toi dont on chérit l'art et la pur<:Ué ,

Ignores-tu que l'innocence Sait unir la native k la noble décence ,

La pudeur k la Vérité ?

Brise un voile odieux aux pu(iiques appas

Voile grossier , lourd , hypocrite • Puisque la fausseté dans l'Olympe est procrîie

Canove ne la connaît pas t

UVBE TROISIEME.

Page 1