LIVRE ni. ao
Aux jours si doux de moh enfance Sensible » aimant dans passion % J'étais joyeux plein d'espëi^aiice »
Dans une aimable illusion ; Pour mon ëtoile peu commune »
Mes vceux implorant ravenir ^ Charge d'amour et de fortune , Je le voyais toujom'S venir.
Mais ces rftves de ma folie Se sont promptement effaces , Et je connais enfin la vie , Quand tous mes beaux jours sont passes i Les malheurs , le dëgoût , l'outrage Remplissent Tâge des amours , Âh 1 le bonheur du premier âge Est-il celui de tous nos jours?
Ce monde n'est qu'une tourmente , J'y vois les maux aux maux s'unir , Et d'une vitesse étonnante , Le bien paraître pour s'enfuir.
J'ai force mon cœm* au silence , Rien ne saurait le reveiller , Et desséchés par la souffrance Mes yeux ne savent plus pleurer i
Jamais d'un triste solitaire Nul ne partagera le sort ; Et c'est dans «a sein mercenaire Qu'un jour je dois trouver la mort I On si quelque larme sincère Sur mon sein tombe par &asard , Les plenrs de ma sœur , de ma mère , N'adouciront point mon départ I
Puisse au moins mon heure dernière M'atteindre au bord de nos marais , Puissé-je au bout de ma carrière Près d'eux trouver , enfin , la paix i Pour la Hollande et pour Marie Seront toujours mes derniers vœux , Que mes amis « que ma patrie « Selon mes désirs soient heureux t
AMavs A iLAuroÀiiiiiio
t^ idèle asile du g^nie Des exiles et du repos , Lëman » des mers de ma patrie Ttt me rappelles les donx flots.
Sur tes bords l'accent de la France Attendrit et flatte mon cœur ; Des romans de l'adolescence Je vois le thëâtre enchanteur I
Le doux souvenir de Julie Ramène ceux de mes beaux àns> Quand mes regards vers Meillerie Vont et reyieonent sur Qarensl
O Rousseau » dont la tendre image Vit dans les cœurs où vit Paniour :
ZAé protecteur du jeune ftge , Ton ombre règne en ce séfour 1
2o6 POÉSIES.
Ton âoqiienee poétique , Par sa brillante vérité , Donne un caractère historique Au thâLtre qu'elle a chanté 1
En vain on me dît que d'Estange Ne vécut jamais dans ces lieux :
De mon cœur l'assurance étrange Aime à ti'omper toujours mes yeux I
Dans ce bosquet » où sans audace L'amour vainquît trop peu d'instants Mon cœur ému cherche la place • Oà s'assirent Iça deux amans 1
Si Julie et l'aim^Ue Glaire Ici n'eussent véçM> jamais » . , Le souvenir d'une cbimèrie Pourralt-îl caqsç^ mes regrets ? ;
Aux lieux où. rc^ept la n^^tui-e »^ .
Les mœurs ^ J^s y^tuf y Je plaisir*. .
Julie , helaf t ^çflppahl^ et pvre.,. ., Sans peine ei^^(çcr^ 4ut mQUiir 1...
Au seIo,.ç(f^ cj^ çajçytpn fertile ,^ Où tout resjjiriçw W )oyew . > A dû naître et grandir. ERilf^.i,, £t8ou£Erirl'autçuJ|[7iial)iûi|rej«x:! ..,( ..
uvaË m. «07
Ici vécut le graod Volljaire » • / '.
Jasqu'en exil l'égal d^ Bois :
Le Tacite de l'AngleteiTe Ici fit retentir sa voix.
Isabelle eaçor me rappellte »
Aujourd'hui , leurs écrits fameux , Lorsque d'une page immortelle « Elle enrichit ces bords hew)eu^.
Sans écarts et sans violeuce y Ici veille Pautorité :
Sans tyrannie est la finance , ' . • £t sans trouble la liberté I
L'homme., sur le sol helvétique »
Trouve le bonheur dans s^siioîs » .. . , ; Et , tel que dans le siècle antique »
Est bon et fier tout à la fois 1 . ,
Semblable 4 la riche boiurgeoise ,.
Bruyante ^n sa prospéiité », Parait au hamean la Vaudo^e ]
Resplendissante de santé I
Son vif aspect »,dfç mon jeune âge . . . . t Me rappelle encor les bei^x jours Et le tableau »«qi4and au village . .,• Le bal préludait au;^ amoui^s I
ao8 POÉSIES.
Je vois mcore la dansense , Sous le feuillage et les festons , Venir , dans sa danse joyeuse »
Braver le rang des fiers garçons.
Puis , de leurs bras avec adresse Se dégager en rougissant ; y revenir avec vitesse , Et malgré tous impunément I
Ou bien s'avançant avec grâce Sous un faux air de gravité ; Agacer chacun à sa place , Et laisser chacun enchanté!
Heureux qui peut goèter les charmes , Et les plaisirs de ces climats , Et sans douleurs et sans alarmes , Peut braver les voisins frimas I
Pour mot dont la santé débile ' Cherche des jours doux et coostaus ; L'aspect du glacier immobile , Roidit mes nerfs » glace mes sens I
Quand le corps souffre , bîent6t Pâme Se fatigue et puis s'endurcit :
En vain le plaisir nous réclame , Si la souffrance nous saisit I
IIVIŒ n. ao9
Mais quels cris d'effi'oi de surprise* Suivent de longs mugîssemens ? Lugubre et violente btse »
Pourquoi ces tristes sifflemens ?
Je sens s^agiter ma demeure Le sol lui-mime est ëbranlë L'enfant effraye tremble et pleure Au fond de son berceau trouble.
Cruelle bise , en une aurore Tu glaces lliorîzon fleuri , Le doux printems venait d'ëclore :
Le printems est dëjà flëtri I
Par toi , flëau de la nature , L'ëté se montre sans douceur :
En vain le ciel brille et s'ëpure , Ton souffle aigu glace mon cœur \
En vain la souffirante prairie , Péniblement jette ses fleurs :
Plus d'une plante^ hélasl flétrie Dans son sein montre tes fureurs 1
Je crois entendre le tonnerre , Quand tu ravages les hameaux , Menacer le coupable terre De l'incendie ou du chaos I
La iiatiire çoolrre e)Le mèto^.
Combat sans çe&se dans ces lieux »
Un arbre jaune , ou noir ,.ou blême.
Trop souvent attriste mes yeux I
Les sûsons semblait sai\s limites Dans ce climat prompt » in^al :
Je sens le û'oid de^ Moscovite^ Non loin des feux du Sénégal 1
De l'hiver la toute puissance Ici gouverne les saisons ; Et même au tems de son absence , L'œil le découvre sur les monts I.
Adieu I malgré ma peine extrême »
Il faut chercher d'autres climats :
Si l'on jouit aux lieux qu'on aime On vit où l'on ne souffre pas t
A i^L wsasiWËSism a^n iwiJXiiLaOo
1j art divin dont Apelle a remporte le prix Sait adoucir les douleurs de l'absence; Par lui l'on voit encor les ti*aits de ses amis L'on peut i*èver et croire à leur pi*éseuce , Mais promptement hélas I ces traits inanimés Semblent cfaange's quoique l'art soit fidèle Ce sourire muet , ces regai'ds désarmés Portent au cœur une douleur nouvelle.
Fille de l'art subtil , de mensonges divers ^ L'illusion cruellement enivre ; Elle charme un instant mais aux regrets amers , Plus vivement son prompt dépait nous livre.
Tel un léger éclat de l'orage enflammé Vient à la nuit redonner la lumière , Mais à ce feu trompeur l'œil bientôt refermé , Ressent bien mieux l'obscurité première»
ai 2 POÉSIES.
Princesse , tel n'est point le inot par vous promis , Ce mot charmant dont l'image est vivante ; Par lui l'on est vraiment auprès de ses amis « Leur regard brille et leur voix nous enchante, Rëel par le passé , rëd encore en nous , Le souvenir s'attache à l'espérance ; Le tems semble par lui passer d'un vol plus doux , C'est l'air du cœur , il soulage l'absence.
il (Biia(OTiia
liivâl des immorteU , & Caâove » à ta voix
Psychë reparut plus touchante ; Et naguères Venus » hors de l'onde écornante >
Revint au jour une autre fois.
Aujourd'hui , uin génie et ton att tout puissans
Osent se surpasser encore »
Tu donnes aux trois sœurs des charmes que j'adore....*
Et Cypris cède k ses enfans.
Quelle aimable candeur et quel attrait divin »
Hélas I étranger. à la terre i J'aime avec passion » suis tonte ardeur vulgaire
A leur aspect s'enfuit soudain. > •
Près d'elles je me crois'Aevé jusqu'aux cieux » Je ne sens pointide feii coupable , •
Un être cbnompo'i'd^an déèir oondanmable Peut seul s'embraser à leurs yeux.
9t 1 4 POÉSIES.
Âh I pourquoi doûc vieni-îl ce profane bandeaa
Instruire et troubler l'innocence , Par pudeur n'est-ce pas enseigner l'indécence ,
N'est-ce pas salir ton cî&eau ?
L'Impudique Venus se montre incessamment Sans nul danger et sans siuprise »
Et toi , tu n'oserais des Vierges du Cëphise Peindre le contour innocent t
Ah 1 combien ton Âlcide inspire de terreur t J'admire son ami Thiésëè , '. • •
Le fils de Jupilser , l^ntrëpide Fer6tfe^>' •' Dès son abord pa?â1t vâMiqueMK^ -
Par craîM^'de blesser des yeux ti^op délitât^
Couvres-tu d'un lin ridicule Les'muscljes'apparens ^ lesireîns du^fiei? Herctd($>
Qu'alors on ne coBoattmît'pàs:?: ^
Pour un sçxfiAhahnaiit le& dieux aônfedangevenoL • Comme pour nousllesHUniorttUfaf ; !
Et pourqûc^ ! dfinc: cbainsHta la ènii^ë: sàe «^le» Quand tu ne la.chdii8 pasi'âinr eux.])] -^ ' l
La fausse^^dAJ^akfattjgënpèy'flttelwauXiftCfs^ Ils détestent^ nfaicc^nr. timide;; ji.ioq ;i-.
L'amour du^nTi^ilui ^^^ihiMi^X^Jgtaià^^ Luiseul attiw,lfi^i:aiw|;i|i^^..j.n)'r 'r. i-. i
trVRE IL ai 5
D'une gaze légère autrefois nos ayeux
Surchargèrent les trois Déesses , Mais du zëphir bientôt les naïves caresses ,
Les décelèrent encor mieux.
Les artistes , alors , sur des attraits divins
Ne voilèrent plus la nature ^ La rose , un myrthe , un dé , dans leur simple parure «
Ornèrent leurs fronts et leurs mains.
Le dé , symbole heureux de leurs go&ts innocents ,
Indiquait leur galté légère , Les fleurs à désigner les attraits de leur mère
Nous montraient leurs efforts constants.
O toi dont on chérit l'art et la pur<:Ué ,
Ignores-tu que l'innocence Sait unir la native k la noble décence ,
La pudeur k la Vérité ?
Brise un voile odieux aux pu(iiques appas
Voile grossier , lourd , hypocrite • Puisque la fausseté dans l'Olympe est procrîie
Canove ne la connaît pas t
UVBE TROISIEME.