A MAXIME DU CAMP
Lorsque tu sortiras des ondes libyennes, Le front tout jaune encor des baisers du soleil, Et roulant dans ton cœur mille choses lointaines À raconter, le soir, près du foyer vermeil !
Poëte aux pieds légers, aux courses vagabondes, Nous qui restons ici, nous te demanderons La tente et le désert tordant ses vagues blondes, Et les grands aigles roux qui volent par les monts !
PESTONS ET ASTRAGALES
Nous te demanderons les haltes sur la plage, L'ombre des grenadiers dont tu mordais les fruits, Et comment le chameau, suant sous son bagage, Étend son col velu pour boire l'eau des puits.
Nous te demanderons les chevaux hors d'haleine, Les burnous blancs gonflés comme une voile au vent, Et la fille aux pieds noirs qui danse dans la plaine
Avec son cliquetis de médailles d'argent.
Mais toi, triste et rèveuf comme après les voyages, Écoutant tout ce bruit qui monte des cités, tu nous diras : — Amis, où sont mes beaux feuillages Vu souffle des déserts largement agités?
Où sont mes longs troupeaux dont les touffes de laine Pendent au liane des monts comme de blancs frimas, Et la source où descend la lionne africaine, Et les ravins profonds que l'on ne passe pas?