‹ PoésiesChapitre 19 sur 65 · A MAXIME DU CAMP · texte numérisé non relu

A MAXIME DU CAMP

Oh ! qui m'emportera loin du pays de France; Oui de vous me rendra, sous le palmier jauni, Le hamac paresseux oà le corps se balance, Et mon rêve ébafaché que je n'ai pas fini ?

Je veux, je veux encor me perdre dans l'espace Au dos des chameaux bruns et sous les cieux ouverts, Pour savoir si le sable a bien gardé ma trace, Et si l'écho punique a retenu nos vers !

A PRADIEK

Pradier', ta tombe est close, et la foule écoulée A quitté le gazon des morts silencieux ; La muse maintenant de sa douleur voilée, Va commencer pour toi l'hymne religieux!

D'autres ont mis leur nom sur la strophe légère, D'autres ont la couleur, ou la note au son pur, Mais ta pensée, ô maître, est de bronze ou de pierre, Et, comme un corps vivant, jette son ombre au mur.

Le bloc âpre et rugueux, sous ta main souveraine, Ondulait comme un dos de léopard dompté ; Et la forme, à ta voix, touchant le socle à peine, S'élançait dans sa grâce et sa virginité.

Quand les marteaux sonnaient en cadence rapide, Quand l'atelier vivait, fourmillant et joyeux, Et que, couvrant les murs de sa neige solide, La poussière du marbre étincelait aux yeux,

C'était ton heure à toi ! ta passion ! ta vie !

A ton front élargi le sang battait plus fort,

Et ton âme flottait, dans l'idéal ravie,

Comme un vaisseau qui chante en s' éloignant du port î

Tu l'exilais du monde au milieu des déesses, Chœur immobile et blanc qui souriait toujours, Bacchantes au sein nu, Dianes chasseresses, Et nymphes dans le bain tordant leurs cheveux lourds !

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