‹ PoésiesChapitre 31 sur 65 · CIGOGNES ET TURBOTS · texte numérisé non relu

CIGOGNES ET TURBOTS

Salut, Sempronius, mortel inimitable î 0 toi qui le premier fis servir sur ta table La cigogne au pied rouge et le turbot marin ! L'artiste, éternisant ta divine effigie, Devait tailler pour toi les marbres de Phrygie Et graver tes traits sur l'airain î

Pour te montrer plus grand aux nations béantes, Père des bons festins et des sauces piquantes, Ton siècle s'épuisa dans tonenfantement ! Les destins dès longtemps préparaient ta venue, Et quelque astre inconnu dut briller sous la nue A ton premier vagissement !

\vant toi, les Romains, dans leur instinct vulgaire, De la chair des troupeaux et des fruits de la terre Rassasiaient leur faim digne de vils pasteurs; Et récuelle de bois et la salière antique Ornèrent, trois cents ans, cette table rustique Où ruminaient les sénateurs.

Quand ils se rassemblaient pour sauver la patrie, Souvent l'odeur de l'ail emplissait la curie, Jusqu'au portique sombre où s'inclinaient les rois, Et laissant à moitié quelque brouet immonde, Ils s'élançaient, d'un bond, à l'empire du monde, Gorgés de raves et de pois.

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