LE CRAPAUD
L'ombre descend, la terre est brune, Tous les bruits meurent à la fois ; Seul, les yeux fixés sur la lune, Le crapaud chante au bord du bois.
Du vieux tronc qu'un lierre festonne Il sort ainsi, quand vient le soir; Comme une flûte monotone, Sa voix monte sous le ciel noir.
loi FESTONS ET ASTRAGALES
Ah! pauvre ami, vieux camarade!
Que dit-elle à l'astre argenté, Ta longue et morne sérénade Oui pleure dans les nuits d'été?
Crois-tu qu'enfin lasse et charmée Par tes tristesses d'opéra, Au long d'une échelle enflammée.
Ta Juliette descendra?...
Tant que l'ombre étale ses voiles, 11 reste là, s' évertuant, Sous le balcon d'or des étoiles, Roméo sinistre et gluant.
Pais il retourne vers son antre, Au premier sourire du jour, Traînant, dans l'herbe, son gros ventre. Plein de poisons et plein d'amour.
MARÉE MOXTANTE
Dans ma chambre, au bord de la plage.
Frère, je rêvais l'autre nuit, Et la lune, sur mon visage, Doux fantôme, glissait sans bruit;
La blanche lueur qui pénètre Tremblait aux rideaux suspendus ; Une voix chante a ma fenêtre, Une voix aux sons inconnus.
Jusqu'à moi, dans l'ombre, elle arrive Frémissante et pure à la fois, Comme la vague sur la rive, Comme la brise dans les bois :
« Eveille-toi! fils de la terre,
» Je suis la nymphe aux verts réseaux.
» J'habite 1" antre solitaire
» Où bruissent les grandes eaux.
» J'attache ma tunique bleue » Avec des perles de corail ; » Deux poissons à la large queue » Font voler ma conque d'émail.
» Pour orner ma gorge d'ivoire » Et mes longs cheveux ruisselants.
» J'ai des couronnes d'algue noire
» Et des colliers de galets blancs.