DÉMOLITIONS
Ah ! pauvres maisons é ventrées Par le marteau du niveleur* Pauvres masures délabrées, Pauvres nids qu'a pris l'oiseleur !
Quand, sous le suaire des nues, Au bord des larges boulevards, Se dressent vos carcasses nues Comme autant de spectres blafards.
Quand vos cloisons mal affermies Livrent aux regards insultants Les secrètes aqatômies Du foyer qui vécut cent ans...
Et qu'on voit; au long des murailles, Sous la morsure des grappins, Flotter, ainsi que des entrailles, Vos vieux lanîbeaux de papiers peints
Mon cœur qui garde, en ses abîmes, Comme une perle au fond des mers, lu trésor de pitiés intimes Pour l'ennui des taudis déserts...
.Mon cœur frémit, ma foi s'écroule, Devant ces manœuvres impurs Dont la cognée ouvre à la foule La conscience des vieux murs I
DEMOLITIONS 2$
Voici les noires cheminées , Poumons bruyants de la maison.
Où les aïeules inclinées
Souriaient au rouge tison.
Voici la mansarde fidèle Où le poète, pauvre encor, Confiait au nid d'hirondelle Le secret de ses rêves d'or.
Ah ! douloureuses gémonies !
Ils ont tout mis sous l'œil du jour, Depuis la chambre aux agonies, Jusqu'aux alcôves de l'amour !
On dit qu'au soir, dans les ténèbres, L'essaim des souvenirs troublés Fait sonner ses ailes funèbres Sur ces restes démantelés...
u206 TESTONS ET ASTRAGALES
Pour les couvrir, montez, ô lierres !
Brisez l'asphalte des trottoirs; Jetez sur la pudeur des pierres Le linceul de vos rameaux noirs !
Cercueils froids que le sage envie, J'ai vu votre ombre et vos lambeaux, Mais ces sépulcres de la vie Sont plus mornes que les tombeaux !
YESTIGIA PLAMMJ
Où donc es-tu partie, ô belle jeune fille ? Toi dont le doux regard et dont la voix, un jour, Comme un oiseau qu'éveille un bruit sous la charmille. A l'ombre de mon cœur ont fait chanter l'amour !
Ange, te souvient-il que je t'aimai sur terre ? Que j'aurais tout donné pour un baiser de toi ? Lorsqu'au fond de ton cœur tu descends solitaire, N'est-il aucun écho qui te parle de moi ?
Que fais-tu, maintenant que je suis seul dans l'ombre, Quand dix ans sont passés depuis ton tendre aveu, Et que, sur mes deux mains inclinant mon front sombre, Je regarde briller, comme des yeux sans nombre, Les étincelles de mon feu ?
A CHARLES D'OSMOl