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CHRONIQUE DU PRINTEMPS

Des muguets, des bassins d'or, J'ai le cours sur mes tablettes; Les blés sont calmes encor, La hausse est aux violettes.

Comme un critique sournois, Avril des jardins s'approche, Et se glisse, en tapinois, De la grêle plein sa poche.

Mais les grives n'ont pas peur, Et m'ont donné l'assurance Que le fruit tient sous la fleur,

L'avenir sous l'espérance !

Les collines ont du thym ; L'air est doux ; rien de la vigne ; J'ai rencontré ce matin Quatre pêcheurs à la ligne.

Hier, enfin, de l'ombre épris.

Je rôdais par les vallées, Entre les gazons fleuris Et les voûtes étoilées ;

A l'heure où le carnaval, Escorté de cinq cents masques, Défonce, au galop final, La peau des tambours de basques;

Quand j'ai vu, sur un ruisseau, Planer, tout blanc d'étincelles, Le Silence, cet oiseau Dont on n'entend pas les ailes!...

LA DERNIÈRE CHANSOX

J'ai voulu, le premier jour, Vendre mes chansons d'amour:

J'étais bien novice !

0 mes dignes manuscrits, L'épicier qui vous a pris

M'a rendu service.

Le second, j'ai, sur le quai, Vendu mon couvert marqué,

Vieux meuble d'histoire, Où mon aïeule, en mordant, Cassa sa dernière dent,

3 le Directoire.

Le troisième, Dieu merci, J'ai vendu ma montre aussi,

Ma montre perfide, Oui s" amusait k sonner L'heure exacte du dîner

Sur mon ventre vide !

Le quatrième, ô bonheur!

J'ai vendu mon prix d'honneur

Pour six francs cinquante !

De ma gloire d'autrefois J'ai fait deux dîners ou trois...

Sans vin d'Alicante !

Aujourd'hui, je n'ai plus rien, Et mon ventre, comme un chien.

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