ODE VI
Actions de grâces après la délivrance d'un grand pcj il,
Je t'aimerai, Seigneur, je t'aimerai sans cesse. O mon ame, à ton Dieu qui pourroit t'arraclier? Il t'aime, il te protège, il soutient ta foiblesse :
Oui , mon cœur, c'est à lui que tu dois t'attacher.
A tes bienfaits, mon Dieu , ma mémoire fidèle De mes périls passés m'entretient tous les jours; Et je frémis encor lorsque je me rappelle Ce moment où j'étois perdu sans ton secours.
La mort m'environnoit de ses douleurs cruelles ; Mes ennemis vainqueurs préparoient mes tourmens ; Leur rage triomplioit, et leurs mains criminelles Déployoient l'appareil des plus grands châtimens.
Je ne voyois qu'horreur et qu'images sanglantes ; J'entendois les enfers mugir autour de moi. Vers ta demeure alors levant mes mains tremblantes^ Je t'appelai : mon cri pénétra jusqu'à loi.
Quel bruit affreux se fait entendre !
Les montagnes vont s'écrouler ;
Et les rochers , prêts à se fendre , Menacent de nous accabler.
Tout s'ébranle, le bruit redouble; La terre entière est dans le trouble; Toutes les mers sont en fureur.
Dans la nature consternée , Et de son désordre étonnée , Qui répand ainsi la terreur?
Son maître est irrité contre elle ; De ses yeux partent les éclairs ; Du courroux dont il étincelle Les feux s'allument dans les airs.
Il descend : un épais nuage S'ouvre et s'étend sur son passage ; Le ciel s'abaisse devant lui ; La troupe des anges l'escorte ; Et son char, que le vent emporte, A les chérubins pour appui.
Des ténèbres majestueuses Qui le cachent à nos regards Que de flammes impétueuses Percent le sein de toutes parts !
Il a fait rouler son tonnerre ; La voix du ciel parle à la terre ; Mes ennemis sont renversés.
La grêle et les carreaux écrasent , La foudre et les éclairs embrasent Ceux que la crainte a dispersés.
SACREES. • 37fi
Quels coups redoutables entr'ouvrent Le sein de la terre et des mers!
Vaste abîme où nos yeux découvreul Les fondemens de l'univers!
Seigneur, dans cette heure clernière.
Ma foi t'adresse sa prière ; Et si tu daignes m'écouter, Que la nature se confonde.
Sur moi les ruines du monde Tomberont sans m'épouvanter.
Une main qui du ciel vers moi daigna s'étendre De mes gémissemens interrompit le cours , Et d'un rapide vol soudain je vis descendre L'ange chargé du soin de veiller sur mes jouis.
Dieu se souvint alors qu'«\ ses ordres fidèle, Je marchois devant lui dans la simplicité. Et que je nourrissois une haine éternelle Contre toute injustice et toute impiété.
Ainsi que ses bontés, contemplant ses vengeances , Je ne suis occupé que de ses jugemens : Je ne me sens d'ardeur que pour ses récompenses ; Je ne suis effrayé que de ses châtimens.
Je conserve un cœur pur et des mains innocentes; Des douceurs de sa loi j'aime à m'entretenir , Et nos foihJcs vertus lui sont toujours présentes : Tout ce qu'on fait pour lui reste en son souvenir.
Ah ! Seigneur , si la foi sincère Trouve en toi le Dieu de l'amour , Le sombre et perfide détour Trouve le Dieu de la colère!
Contre le pécheur obstiné Ton courroux est inexorable; Pour le pénitent consterné Ta clémence est inépuisable.
Tu renverses l'audacieux ; Tu relèves qui s'humilie ; Le pauvre que le monde oublie Sera toujours grand à tes yeux.
Tu dispenses avec justice Tes châtimens et tes bienfaits.
Que pour les dons que tu m'as faits Ma langue à jamais te bénisse!
C'est par toi que dans les combats La victoire marche a ma suite ; C'est par ta force que mon bras Sème la terreur et la fuite.
C'est toi qui réj^ands dans mon cœur Ce courage que rien n'étonne ; Et c'est ton secours qui me donne Mon infiiti gable vigueur.
Mes Cl uels ennemis vont enfin la connoître. Que sont -ils devenus? N'osent -ils plus paroître? Puisqu'il les faut chercher, je me lève et je pars. Certain de rapporter dans mes mains triomphantes
Leurs dépouilles sanglantes , Et les armes des morts dans la poussière épars.
Ma querelle est la tienne, et tu veux qu'ils périssent. Ta haine , qui proscrit tous ceux qui me haïssent , Ordonne que par moi rien ne soit épargné. Cette épée en mes mains remplira ton attente.
Et ne sera contente Qu'après que sa fureur aura tout moissonné.
Ils cherchent du secours 1 Qui voudroit les défendre ? Ils ont crié vers toi , pouvois-tu les entendre? Toi qui vas dissiper leur folles factions Comme l'astre vainqueur des plus cruels orages
Dissipe les nuages; Toi qui vas m'établir le chef des nations.
Déjà de tous côtés grossissent mon empire Des sujets inconnus que mon nom seul attire; Déjà les étrangers accourent sous ma loi , Tandis que mes enfans, rejetant mes richesses,
Trahissent leurs promesses, Et sont tous devenus des étrangers pour moi.
Que les justes transports de ma reconnoissancc Célèbrent à jamais l'adorable puissance
Qui m'a comblé d'honneur et de prospérité! Vive le nom du Dieu qui rendra ma victoire,
Mon empire et ma gloire , L'héritage éternel de ma postérité!
SACKEES. :)79