ODE XIV
Contre les ennemis de Dieu et de sa religion.
Qui peut te disputer l'eTnpire ?
Qui se croira semblable à toi ?
Cependant, grand Dieu, l'on conspire
Contre ta puissance et ta loi.
Et tu restes dans le silence !
Et tu permets que ta clémence
Tienne ton courroux enchaîné!
C'est ton saint nom que l'on blasphème ;
C'est ta querelle; c'est toi-même
Qu'attaque l'impie effréné.
Semblables aux mers qui mugissent Lorsque leurs flots sont irrités.
Toujours murmurent et frémissent Ceux que ta gloire a révoltés.
Ton peuple est l'objet de leur haine : * « Sa présence, ont- ils dit, nous gêne; « C'est trop long -temps la soutenir.
« Exterminons qui nous méprise ; « Que notre vengeance en détruise a Et la race et le souvenir. »
SACRÉES. 4o3
N'es -tu plus ce Dieu redoutable, Ce Dieu qui livroit autrefois A notre glaive impitoyable Tant de peuples et tant de rois, Iduméens, Ismaélites, Cananéens, Amalécites, Madianites, Tyriens?
De cadavres quelles montagnes , Dont s'engraissèrent les campagnes, Ou que dévorèrent les chiens!
Prépare à de plus grands coupables Un plus terrible châtiment; Livre ces esprits méprisables Au vertige, à l'aveuglement.
Fais que , moins stable qu'une roue, Ou que la paille dont se joue La plus foible haleine du vent, Voltige leur ame insensée, Et que de pensée en pensée Elle s'égare à tout moment.
Fais que la discorde cruelle ,
Inséparable de l'erreur,
A toute heure entre eux renouvelle
Son insatiable fureur :
Comme l'on voit dans le ravage
Que des vents excite la rage
La flamme aux arbres s'attacher ,
D'arbre en arbre les feux s'étendent,
4o4 ODES
De branche en branche ils se répandent, Et la forêt n'est qu'un bûcher.
Couvre leurs fronts d'ignominie;
Que leurs yeux et que tous leurs traits
D'un cœur dont ta paix est bannie
Décèlent les remords secrets;
Que l'inquiétude, la crainte,
La tristesse y soit toujours peinte;
Qu'enfin l'opprobre et le malheur
Les contraignent à reconnoître
Que le Dieu du ciel est leur maître.
Et qu'il se nomme le Seigneur.